Le P. Dominique-Marie de Saint Laumer est, depuis septembre 2011, le nouveau prieur de la Fraternité Saint-Vincent-Ferrier. Cette communauté d’inspiration dominicaine, l’une des premières reconnues par la Commission Ecclesia Dei, pratique de façon très dynamique un apostolat bien en prise avec les défis contemporains. Entretien.
La Nef – Dans quelles circonstances la Fraternité Saint-Vincent-Ferrier a-t-elle été fondée ?
R.P. Dominique-M. de Saint Laumer — La Fraternité Saint-Vincent-Ferrier a été fondée en 1979 par le P. Louis-Marie de Blignières. Il a acquis une propriété en Mayenne, dans le petit village de Chémeré-le-Roi, où il a commencé très modestement avec quelques étudiants – dont moi-même –, une vie religieuse de type dominicain. Le P. de Blignières avait cherché la possibilité de rejoindre l’ordre des prêcheurs, mais ce n’était guère possible en gardant les fondamentaux auxquels il était très attaché, la liturgie et les observances traditionnelles ainsi que la formation doctrinale à l’école de saint Thomas d’Aquin. Il s’est donc lancé dans cette aventure. Nous étions dans la mouvance traditionaliste, mais nous avions un souci très fort de travailler à la résolution des graves problèmes doctrinaux qui sont à l’origine de la crise de l’Église. En 1987, nous nous sommes rendu compte que notre position doctrinale sur la question de la liberté religieuse au concile Vatican II n’était pas juste et nous avons fait des démarches à Rome pour essayer d’obtenir la reconnaissance de notre communauté. Puis, à la suite des sacres de Mgr Lefebvre en juin 1988, le pape Jean-Paul II a institué la Commission Ecclesia Dei. Notre demande a été acceptée : le 28 octobre 1988, notre petit groupe a été reconnu comme Institut religieux de droit pontifical.
Qu’est-ce qui caractérise la vie et la spiritualité dominicaines ? Vous donnez, semble-t-il, une grande place à l’étude.
Le charisme de saint Dominique est celui d’une vie contemplative qui fructifie dans la prédication de la vérité en vue du salut des âmes. Cette vie contemplative est favorisée par plusieurs moyens : l’étude très approfondie de la doctrine catholique ; les observances conventuelles qui nous permettent de mener vraiment une vie de prière et de pénitence, dans le silence de la clôture ; la liturgie avec le chant de l’office et de la messe. Pour l’étude, saint Thomas d’Aquin nous offre le modèle d’une philosophie réaliste qui est aussi le fondement le plus sûr de la théologie. Plus que jamais, nous mesurons combien une formation thomiste est bénéfique pour affronter les problèmes contemporains, parce que saint Thomas s’appuie sur la réalité elle-même et sur les principes fondamentaux de la pensée. On le présente parfois comme une borne, une limite ; or, loin d’être un idéologue ou un constructeur de système, saint Thomas était ouvert à toute vérité. Cette formation thomiste nous est précieuse dans l’apostolat car elle permet d’introduire une cohérence dans la foi et de remédier à un certain fidéisme dans lequel on croit sans se poser de questions, et sans essayer de résoudre les objections des incroyants. Or, même si la foi est un don de Dieu, elle doit être fortifiée et bien mise en place dans ses rapports avec la raison. Le chrétien doit progresser dans l’intelligence de sa foi ; s’il ne cherche pas cet approfondissement rationnel, sa foi risque un jour ou l’autre d’être ébranlée et peut-être même renversée par des objections qu’il ne saura pas résoudre.
Quels sont vos apostolats, dans ce domaine ?
L’année dernière, nous avons lancé des sessions « foi et raison » pour les adultes ; elles ont lieu à Chémeré pendant quatre jours, à la fin du mois d’août. Nous traitons des thèmes variés, avec des conférences sur les rapports entre la science et la foi, la loi naturelle, l’Écriture Sainte et la théologie