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La foi, notre essentiel

Guillaume de Tanoüarn

Source : la n°268 de mars 2015
Nous vivons dans un monde en profonde mutation, un monde qui s’écroule à bien des égards avec toutes les incertitudes et les peurs légitimes qu’un tel mouvement fait naître. Dans ce contexte, où en sont les « cathos » aujourd’hui en France ? C’est la question que nous avons posée à deux personnalités du monde de la presse catholique, Jean-Pierre Denis, directeur de La Vie, et l’abbé Guillaume de Tanoüarn, rédacteur en chef de Monde & Vie.

La plus belle chose que nous devions au pontificat de Benoît XVI me semble être, de la part de ce Pontife, s’impliquant personnellement et profondément, une politique suivie en faveur de l’unité des catholiques. C’est évidemment du côté de la Fraternité Saint-Pie X que les avances du pape Benoît ont été les plus constantes. On ne peut pas dire d’ailleurs que les succès aient été tangibles. Mais les risques pris par le Pasteur universel pour réintégrer les évêques sacrés sans l’accord de Rome ont touché profondément – j’en suis témoin dans mon ministère – beaucoup de personnes qui s’habituaient à vivre sans Rome.

Par ailleurs, je crois que, outre la rencontre très médiatisée du pape Benoît avec le théologien Hans Küng, l’autre aile, l’aile dite progressiste, a pu apprécier, chez ce Pontife, une manière radicale de poser les problèmes qui rejoignait sa préoccupation pour l’avenir de l’Église. Certes Benoît XVI avait montré qu’il n’était pas de « leur bord », depuis le début des années 70, où lui, le talentueux expert théologien du cardinal Frings au concile, avait refusé de continuer à participer à la revue Concilium. Mais en même temps, il avait une manière de parler du concile qui n’immobilisait pas l’Église dans des positions « conciliaires » arrêtées pour les siècles des siècles. Il ne fermait pas les portes à un questionnement plus profond : « Vatican II a ouvert des pistes », expliquait-il en 2000 à Paolo d’Arcis, l’athée médiatique qui l’interrogeait sur le concile.

Mais allons au-delà de la personnalité rayonnante et complexe du pape Benoît : je pense que ce qui, aujourd’hui, permet aux catholiques de toutes tendances de se respecter les uns les autres, c’est le constat de radicalité qu’ils font et refont, bien obligés, à propos de la crise spirituelle que traverse le monde contemporain. Lorsque tout paraît mis en cause, les défenseurs de la foi peuvent-ils se disputer entre eux ou bien doivent-ils, toutes affaires cessantes, faire face avec leurs moyens propres, au désert spirituel qui avance toujours ? Cette mise en question de l’essentiel permet aux catholiques (c’est un effet collatéral bon) d’en retrouver eux-mêmes le sens et de comprendre qu’au-dessus du choix légitime de formes religieuses, il y a la foi.

Notre essentiel, notre bien commun, au-delà des questions de formes liturgiques, de méthode catéchétique et d’appréhension pastorale des problèmes, c’est la foi : non pas la foi comme idéologie, mais la foi comme grâce et comme ouverture du cœur. J’ai écrit dans le passé que l’Église conciliaire avait changé la religion. Mais justement : il faut distinguer la religion avec ses formes et la foi. Qu’il y ait des différences religieuses entre chrétiens catholiques de différentes obédiences (pour parler de Paris disons de Saint-Merry à Saint-Nicolas du Chardonnet), c’est un fait. Pour l’Église, cela peut devenir une faiblesse, si c’est l’occasion de divisions intestines, mais c’est une force si cela conduit à multiplier l’offre pour mieux créer la demande. Faut-il employer ce langage du Grand marché mondialisé, alors que l’on traite de choses si hautes ? Ce langage est métaphorique. Je pense que, dans la crise actuelle, l’Église doit utiliser tous les moyens pour chercher les brebis perdues (qui sont plus nombreuses que celles qui restent sagement dans le troupeau).

Comme le disait le pape Benoît XV, en 1914, dans l’encyclique Ad Beatissimi, « la Foi 
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