Editorial
La confortable victoire de Nicolas Sarkozy augure-t-elle un changement profond de politique ? Changement qui pourrait apparaître d’autant plus plausible que les élections législatives à venir semblent promettre à la majorité présidentielle une large hégémonie au Parlement. Le nouveau président ne parle-t-il pas de la France avec des accents patriotiques que l’on n’avait plus l’habitude d’entendre à ce niveau depuis bien longtemps ? Je me garderai bien de juger un gouvernement avant même qu’il fasse ses preuves et je me réjouis d’avance de tout ce qui pourrait aller dans le bon sens. Le réalisme, néanmoins, oblige à tempérer l’enthousiasme, habituel chez les vainqueurs aux lendemains d’élections.
D’abord pour une raison très simple guère évoquée : l’Union européenne ne laisse aux gouvernements nationaux qu’une étroite marge de manœuvre. On feint d’oublier, en période électorale, que les grands axes de la politique sont imposés par Bruxelles. Nicolas Sarkozy ne cherche nullement à aller contre cette tendance. Au contraire, il souhaite faire passer par la voie parlementaire un « traité simplifié », sans recourir au référendum.
Ensuite, et surtout, parce que Nicolas Sarkozy, malgré toute son éventuelle bonne volonté, est l’homme d’un système qui est fondamentalement hostile à toute notion et recherche de la vérité. Le mot même fait peur, tel Pilate avec Jésus, on le fuit et l’on se réfugie dans le relativisme. En politique comme ailleurs, nos élites n’ont plus le courage de seulement s’interroger sur la vérité. Car s’engager dans cette voie, c’est forcément arriver à un moment ou à un autre aux questions essentielles sur le sens de la vie, sur l’homme, ce qu’il est… et finalement sur Dieu. Quelle horreur ! Le sacro-saint dogme laïciste ne nous a-t-il pas appris que ces choses-là relevaient de l’individu seul et non pas de la Cité ?
Évacuer ces questions de la politique revient à limiter cette dernière à une pure technique où ne compte que l’efficience. Ainsi, la politique se réduit-elle principalement à l’économie, ce qui ne laisse guère d’obstacle à l’échelle mondiale à la logique libérale du marché-roi dont la finalité est d’optimiser la consommation et le commerce – toutes choses bien évidemment non illégitimes en soi, mais qui deviennent perverses lorsqu’elles sont élevées au rang de fin ultime. En janvier 1947, Bernanos écrivait dans ce texte prodigieux à lire et relire, La liberté pour quoi faire ? : « Pour restaurer la France il importe de restaurer avec elle les valeurs spirituelles qui donnent leur signification historique au nom de France et au nom de Français » (1). Soixante ans après, le constat est plus vrai que jamais. C’est pourquoi, la renaissance profonde de la France ne peut guère dépendre de la victoire d’un « bon » candidat.
Le travail en profondeur est à effectuer bien en amont. Benoît XVI l’a souvent dit, nos démocraties occidentales ne pourront se redresser qu’en revenant à des valeurs communes unanimement acceptées par tous – la loi naturelle. Croire que l’État, aujourd’hui, est neutre sur ces questions est un leurre. En rejetant la loi naturelle, il lui substitue une autre morale, celle du relativisme, tout aussi normative et qui, niant l’existence d’une nature humaine, s’appuie sur une autre anthropologie : celle d’un homme autonome émancipé de toute tutelle, qui ne porte en lui aucun germe de mal, et qui décide souverainement des normes morales – forcément fluctuantes.
Dans ce chaos intellectuel où plus aucune vérité n’est acceptée, il est quasiment impossible de convaincre nos contemporains de revenir à la loi naturelle par le seul jeu de la discussion et de la persuasion. C’est pourquoi Benoît XVI a ouvert une autre piste, celle de poser en préalable l’hypothèse de l’existence de Dieu. Certes, cela ne sera pas davantage accepté si l’on reste au stade du débat. Il faut franchir une étape, celle qui