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La France comme langue (2/2)

Paul-Marie Coûteaux

Source : La Nef N°296 d'octobre 2017
Nous avons vu dans notre dernière chronique combien les questions de langue restaient présentes dans le débat politique français, en particulier lors de la dernière séquence électorale. Elle pourrait et devrait l’être aussi dans les préoccupations de politique étrangère, ce que l’on nomme la francophonie, d’un terme un peu vague qui signifie au moins deux choses : d’une part le français comme langue d’usage quotidien ; il compte quelque 220 millions de personnes réparties en une trentaine de pays, ce qui ne fait certes pas du français la langue la plus parlée dans le monde, mais l’une de celles qui progressent le plus vite, notamment en raison de la croissance démographique africaine et des relatifs progrès de la scolarisation. D’autre part le français comme langue de communication ; il est certes derrière l’anglo-américain qui a acquis une incontestable prééminence depuis le traité de Versailles, mais qui se trouve menacé par des divergences de syntaxe, de lexique et de prononciation, qui font de l’espagnol le vrai concurrent du français.

Il y a là un atout maître pour la diplomatie française, certes mal joué par nos gouvernements depuis trente ans, et laissé à l’abandon sous les présidences Sarkozy et Hollande (on ne sait ce qu’il en sera avec Emmanuel Macron, dont les déclarations sont sur ce sujet non point rares mais contradictoires), mais qui cependant mesure aujourd’hui ses forces, plus souvent prises en compte par des initiatives ou des intérêts privés que par la politique gouvernementale.

La rapide croissance démographique de l’Afrique et, malgré tant de vicissitudes, la remarquable croissance économique du continent constituent le point fort de la francophonie. On a certes beaucoup glosé, depuis trente ans, sur « l’arrivée des Chinois » ou les progrès de l’influence américaine, notamment sur les élites africaines ; il reste que la France y reste bien présente en tous domaines, politiques, économiques, financiers et culturels. La part du livre français en Afrique croit régulièrement, ainsi que l’audience de ses radios et télévisions : RFI, France24, TV5-Monde, chaîne d’un grand dynamisme (la diffusion audiovisuelle fut la priorité fructueuse d’un ministre de la francophonie inspiré, Alain Decaux), mais aussi les radios et télévisions privées, notamment Canal+ qui installe câbles et relais-satellites à tour de bras dans toute l’Afrique francophone, par exemple dans les deux Congo. Notons que le cinéma, le théâtre, le livre africain progressent aussi dans les choix culturels des Français : réciprocité insuffisante, certes, mais indispensable, et qui devrait tant soit peu nous extraire de l’univers culturel états-unien où baignent nos contemporains : c’est d’ailleurs le principe même de la francophonie que de sauvegarder un peu de cette diversité du monde que tout érode autour de nous.

Le maître-atout africain a d’ailleurs plusieurs effets : souvent, si l’on apprend le français, en Inde, en Chine, ou en Afrique anglophone, c’est pour mieux commercer avec des pays dont les importations croissent à vive allure : la meilleure langue du commerce est toujours celle du client…
Un autre volet de la diffusion de notre langue est sa fonction de langue étrangère, première ou seconde dans une grande partie du monde : on dépasse ici la zone francophone stricto sensu. Notre atout est ici son image de « non alignée », expression du très regretté Boutros-Boutros Ghali. Certes l’anglais d’usage courant, quelquefois réduit à un sabir d’aéroport, a un grand rôle de communication internationale. Mais, pour d’innombrables élèves dans le monde, le français, langue étrangère dont lexique et syntaxe sont mieux assurés, porte une multitude de sens : il est la langue de la distinction – notamment en ce qu’il se différencie de l’univers de la Marchandise –, de la littérature, de la réflexion, ou de l’opposition politique. C’est pourquoi, il faut 
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