À l’heure de la crise des vocations, le monastère du Barroux a essaimé.
Son Père abbé évoque la construction de Notre-Dame de la Garde,
et l’actualité de la vie bénédictine traditionnelle.
La Nef – N’est-ce pas paradoxal de construire un nouveau monastère, quand tant d’anciennes abbayes semblent vides, voire abandonnées ?
TRP Dom Louis-Marie – L’idéal aurait été pour nous de trouver une abbaye déjà construite. C’est pourquoi, avant de lancer les travaux, j’ai écrit à un évêque pour lui demander si nous pouvions reprendre une abbaye qui venait d’être entièrement restaurée. Mais ça n’a été ni possible ni souhaitable pour le diocèse. Il ne faut pas oublier que pour fonder dans un diocèse, il faut absolument l’autorisation de l’évêque. Cet accueil, après une longue recherche et de multiples déconvenues, nous l’avions trouvé dans le diocèse d’Agen. Monseigneur Jean-Charles Descubes croyait à la force de la prière des contemplatifs, même s’il n’adoptait pas tout ce qui fait notre charisme propre. Et quant à reprendre un bâtiment historique, je dois rappeler à nos généreux donateurs que la restauration est beaucoup plus coûteuse que la construction.
Pourriez-vous nous expliquer le chantier sur lequel vous vous êtes engagés ? Qu’avez-vous à construire, et de quelle aide bénéficiez-vous ?
La communauté de la fondation avait absolument besoin d’aménagements et, pour ne pas faire de travaux au coup par coup, nous avons choisi un architecte qui a dressé un plan d’ensemble. Nous avons commencé par construire les ateliers définitifs, afin de pouvoir restaurer les communs et la grange qui servaient encore en juin dernier d’ateliers provisoires. Nous lançons maintenant un gros chantier, l’hôtellerie future : répartie sur deux bâtiments qui devront être reliés par un « pont », et dont le toit doit entièrement être refait, elle sera composée d’un petit réfectoire, de huit cellules, de sanitaires, d’un grand escalier, et d’un parloir. Nous cherchons pour cette étape 600 000 euros. Quant à l’aide dont nous avons jusqu’ici bénéficié, elle provient d’une part de quelques rares grands bienfaiteurs, et d’autre part, d’une foule de donateurs plus modestes, qui chacun par « l’obole de la veuve », tant louée par Jésus, ajoute son petit ruisseau pour former une rivière plus abondante : tous participent à leur mesure, et c’est cela qui compte pour Dieu.
Pour beaucoup, le Barroux rime avec Dom Gérard, son fondateur : comment sa présence se manifeste-t-elle aujourd’hui, et que retenez-vous de cette forte personnalité ?
Dom Gérard nous a engendrés à la vie monastique. Nous lui devons notre tradition, notre formation, notre profession religieuse, à laquelle il nous a reçus. Quand je suis arrivé au monastère, il y a vingt ans, je lui ai dit que je recherchais au Barroux l’esprit traditionnel et la fidélité à Rome, et il m’a répondu qu’il y avait tout cela ici. Et puis il y a les trois piliers : d’abord la doctrine traditionnelle, enseignée au moyen de la philosophie thomiste, ensuite les observances monastiques enracinées dans la piété filiale envers nos fondateurs, saint Benoît, le Père Jean-Baptiste Muard, fondateur de la Pierre-qui-Vire, Dom Romain Banquet et Mère Marie Cronier, créateurs des abbayes sœurs d’En-Calcat et Dourgne, enfin la liturgie célébrée selon la forme extraordinaire du rite romain. Il nous a appris à garder jalousement le trésor des anciens, mais pour en vivre et non pas pour le conserver comme dans une chambre stérile. Un Frère disait que Dom Gérard se réveillait tous les matins neuf comme un enfant, ce qui lui permit de passer à travers beaucoup d’épreuves. Ce pouvoir de rajeunir tous les matins, il le tenait de sa vie intérieure, de sa grande confiance en la Vierge Marie et de son solide attachement à Notre Seigneur Jésus-Christ. Et c’est