Avaient-ils vraiment quelque chose à se dire ? L’avenir nous apprendra si le nouveau et unique Chanoine honoraire de Saint-Jean-de-Latran et le Souverain Pontife parlaient la même langue quand le second a reçu le premier dans la Salle du Trône au Vatican, entre des tableaux de Raphaël que le néophyte ne vit pas, après qu’il lui eut fait gravir des escaliers et parcourir des couloirs d’un pas lent, au milieu d’une haie de Suisses au garde-à-vous. On suppose que le Président français dût, au cours de cet entretien de vingt-cinq minutes, tresser des lauriers à la nouvelle idée-manie qui le travaille, l’Union méditerranéenne, vanter son petit livre d’entretiens, évoquer Ingrid Bétancourt dans sa jungle colombienne et raconter ses amis puissants. Si le Saint-Père put en placer une, nul doute que comme un éclair sa parole traversa les neurones de l’homme-machine qui nous gouverne pour ressortir aussitôt, parole profonde qu’un SMS reçu cependant aussitôt efface.
Des deux titres de Bernanos offerts à Benoît XVI, dont ses amis Guaino ou le dominicain Verdin lui avaient certainement soufflé l’idée, on peut dire que Sarkozy eut au moins cette logique d’en illustrer immédiatement un, dans son magnifique discours de Saint-Jean-de-Latran. Et ce n’était pas La joie.
Le héros des marchés, de Paris-Match et de la télé-politique-réalité nous a en effet servi dans la cathédrale de Rome un de ces péans péguyste dont seuls Henri Guaino et Max Gallo ont le secret. N’était-il pas question d’assumer « pleinement le passé de la France et ce lien si particulier qui a si longtemps uni notre nation à l’Église », et d’évoquer les racines de la France qui « sont essentiellement chrétiennes » ? De rappeler que « l’interprétation de la loi de 1905 comme un texte de liberté, de tolérance, de neutralité est en partie une reconstruction rétrospective du passé » ? D’affirmer que la laïcité « n’a pas le pouvoir de couper la France de ses racines chrétiennes, comme elle a tenté de le faire » ? C’est tout juste si l’on ne nous disait pas que seule la tradition est révolutionnaire.
Et notre Tartufe à Rolex de poursuivre sans sourciller : « Les facilités matérielles de plus en plus grandes […], la frénésie de consommation, l’accumulation de biens, soulignent chaque jour davantage l’aspiration profonde des femmes et des hommes à une dimension qui les dépasse, car moins que jamais elles ne la comblent. » C’est Attali qui va en faire une syncope. C’est Luc Chatel qui va pâlir.
Sans compter les derniers hussards noirs qui ne devraient pas tarder à descendre dans la rue, après avoir ouï ces belles paroles : « Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé, même s’il est important qu’il s’en approche, parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance ».
Mais maître Renard en a décidément plus d’un dans son sac, car il achevait ainsi : « La France a besoin de catholiques convaincus qui ne craignent pas d’affirmer ce qu’ils sont et ce en quoi ils croient ». À quand, donc, monsieur le Président de tous les Français, une réhabilitation de Vanneste et Buttiglione ? Croirons-nous à la laïcité heureuse que nous vante avec tant de conviction son VRP ?
Non, mille fois non, nous ne laisserons plus jamais l’imposture sur pattes vivre à nos dépens, et le réel, le vrai réel, celui que Sarkozy ne connaît plus mais dont nous ressentons pour nous quotidiennement qu’il nous baigne et nous meurtrit, s’est de toute façon bien chargé depuis des mois, même à ceux qui, ouvrant le bec, avaient laissé choir leur fromage, de réapprendre que le Badinguet nouveau ne cherche que des supplétifs, pour retisser la nuit le vêtement social que son appétit matérialiste, appétit d’argent, appétit de pouvoir, appétit de gloire, lui