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La leçon d'éthique de Benoît XVI

Pierre-Olivier Arduin

Source :La Nef n°222 de janvier 2011
Tirés de son livre d’entretien Lumière du monde, les propos du Saint-Père sur la question de l’utilisation du préservatif à des fins non contraceptives provoquent une vive discussion dans les milieux catholiques. Éclairage.

À la question de Peter Seewald sur l’opposition de principe de l’Église à l’usage du préservatif dans la lutte contre le Sida, Benoît XVI n’a pas craint de susciter une controverse en évoquant « des cas particuliers, par exemple lorsqu’un prostitué utilise un préservatif, dans la mesure où cela peut être un premier pas vers une moralisation, un premier élément de responsabilité permettant de développer à nouveau une conscience du fait que tout n’est pas permis et que l’on ne peut pas faire tout ce que l’on veut » (p. 160). Alors que le journaliste allemand insiste, le pape réitère son propos : « Dans l’un ou l’autre cas, cependant, dans l’intention de réduire le risque de contamination, l’utilisation d’un préservatif peut cependant constituer un premier pas sur le chemin d’une sexualité vécue autrement, une sexualité plus humaine » (p. 161). Certaines personnalités catholiques ont immédiatement réagi, expliquant qu’aucune nouveauté n’avait été introduite par les dires de Benoît XVI et que nous avions à faire à une énième manipulation orchestrée par des médias malveillants (1). D’autres au contraire ont parlé d’un virage à 180°, voire d’un tournant révolutionnaire dans la morale sexuelle de l’Église, le pape conseillant selon eux pour la première fois l’utilisation du préservatif chez des personnes porteuses du VIH. Qui faut-il croire ?
Comme l’a remarquablement montré le théologien moraliste Martin Rhonheimer, professeur d’éthique à l’Université Pontificale de la Sainte Croix (Opus Dei), il convient de renvoyer dos à dos les uns et les autres, chacun érigeant une opinion partiale et défectueuse en termes d’obligations morales – utiliser ou non un préservatif – alors qu’une approche normative sur ce sujet est totalement étrangère à la pensée de Benoît XVI (2). Toutefois, ajoute Rhonheimer, le Saint-Père, « même s’il avait prévu le tumulte, les malentendus, la confusion et même le scandale qui allaient en résulter », a voulu « que ce sujet soit discuté au grand jour ». Il y a donc une vraie nouveauté au sens où nous n’avions jamais entendu aussi clairement une telle prise de position dans la bouche d’un pape comme l’a reconnu explicitement le porte-parole du Saint-Siège dans une note approuvée mot pour mot par Benoît XVI (3). Pour autant, « ces jugements sont en harmonie avec tout ce que la tradition théologico-morale de l’Église a soutenu aussi par le passé », précise une note de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi (4). Il ne s’ensuit donc pas que les agents catholiques des pastorales de santé doivent dorénavant conseiller positivement l’utilisation du préservatif dans un but prophylactique. Procédons par ordre pour tenter d’y voir plus clair.

Premier point rappelé par le pape, les campagnes de distribution de préservatifs ne sont pas une solution pour endiguer la propagation du virus, pire elles aggravent la situation sur le plan sanitaire. Revenant sur l’ouragan médiatique déclenché par son propos en mars 2009 dans l’avion qui l’emmenait en Afrique, Benoît XVI est on ne peut plus clair : « Sur ce point, je persiste et je signe […] Depuis peu s’est développée, y compris dans les milieux laïques, ce que l’on appelé la théorie ABC, pour Abstinence-Be faithful-Condom (Abstinence-Fidélité-Préservatif), où le préservatif n’est conçu que comme un pis-aller si les deux autres éléments ne fonctionnent pas » (p. 160). S’abstenir de relations sexuelles avant le mariage, demeurer fidèle à un conjoint qui l’est lui-même, se révèlent être l’unique solution épidémiologique durable comme le prouve l’exemple éclatant de l’Ouganda.
Benoît XVI dénonce avec la plus grande sévérité les promoteurs du safe sex (sexes sans risques) et du tout 
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