L’opposition de certains catholiques à la levée des excommunications décidée par le pape
a révélé un clivage plus profond qu’il n’y paraît et dont l’enjeu est la foi elle-même.
Comment ne pas être profondément touché par l’humilité avec laquelle le pape Benoît XVI répond aux critiques injustes et blessantes qui se sont déversées sur lui ces derniers temps. En même temps, comment ne pas être inquiet et peiné de constater chez les fidèles un tel manque de confiance envers leur Pasteur qui l’oblige à expliquer son geste, à rappeler des choses évidentes… Mais, surtout, comment ne pas voir que derrière cette contestation qui ne désarme pas vraiment, c’est bien la foi elle-même qui est en jeu. Quand, en effet, sans le dire, des chrétiens substituent au sel de l’Évangile des lieux communs, des valeurs d’une fadeur affligeante, la menace du Christ sur le sel qui s’affadit (Mt, 5, 13) cesse d’être abstraite.
L’Église, communion des saints, plonge ses racines au Ciel, ce pour quoi elle ne se laisse pas définir à travers des catégories purement humaines. Comment peut-on l’ignorer à ce point, en critiquant ainsi la manière dont le pape dirige l’Église, mais surtout en ne prêchant que des valeurs naturelles, comme la solidarité, l’option pour les pauvres, l’ouverture… Le Christ nous invite à nous aimer, comme Il nous a aimés, c’est-à-dire comme le Père l’a aimé… Aimer comme Dieu aime, c’est du feu. S’ouvrir aux autres, cela veut dire quoi précisément ? Mère Teresa répandait ce feu sur la terre et elle n’a jamais contesté le pape ni les dogmes.
Pour être simplement scandalisé et mobilisé par la misère des autres faut-il avoir été converti par le Christ ? N’importe qui, sachant qu’à côté de lui une personne meurt de faim, aura du mal à faire la fête, à moins d’être d’un égoïsme effroyable. Mais aimer le prochain comme le Christ l’aime, lui apporter l’eau vive que seul le Christ peut lui apporter, c’est autre chose, qu’on ne saurait donner si d’abord on ne l’a soi-même reçu. Il existe, hélas, des situations de détresse où il n’y a plus de solution humaine : seule la proclamation des béatitudes a un sens : « Les pauvres sont amers et ils souffrent, écrit Mère Teresa, parce qu’ils n’ont pas le bonheur que la pauvreté devrait apporter si elle était endurée pour le Christ » (1). Encore faut-il être habité comme Mère Teresa pour pouvoir dire, en vérité, à quelqu’un qui souffre : « heureux es tu… »
Certains menacent d’abandonner le navire ! Si le Christ, pour éviter que nombre de ses disciples ne Le quittent, n’avait pas prononcé le discours sur le pain de vie (Jn 6, 60-66), que se serait-il passé ? Personne sur la terre, jamais, n’aurait pu manger cette nourriture céleste. On ne se serait aperçu de rien… Tandis qu’une foule qui claque la porte, cela fait du bruit. Mais, dans un cas, ceux qui ont faim d’absolu, ceux qui ont faim de la vie éternelle, meurent de faim, meurent avec leur faim ; dans l’autre, ceux qui s’en vont, retrouveront aisément, ailleurs, ce qu’ils cherchent, en fait ils le transportent avec eux.
Le vrai clivage dans l’Église, au fond, est entre ceux qui, comme Mère Teresa, ont soif de l’Eau vive, maintenant, tout de suite… et ceux qui, comme les invités de la parabole évangélique, ne disent pas non (enfin pas explicitement) mais renvoient à plus tard, car ce qu’ils ont à faire ici-bas a la priorité… Eh bien, ils n’entrent pas dans la salle du banquet. Cela ne signifie évidemment pas qu’il faille se désintéresser des problèmes humains ou ne s’en occuper que distraitement et avec un certain mépris. C’est une question de soif : « Jésus, debout, s’écria : “Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et qu’il boive”… » (Jn 7, 37-38). De grâce n’empêchons pas ceux qui ont soif d’entendre cette invitation. Surtout, ne les empêchons pas de s’approcher et de boire. Le Christ a fondé l’Église pour qu’Elle donne cette Eau vive, non des