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La mort d’Alexis II

Source :La Nef n°200 de janvier 2009
Le patriarche Alexis II de Moscou et de toute la Russie a quitté ce monde dans la matinée du 4 décembre, à la suite d’une crise cardiaque. Nous remercions vivement notre ami orthodoxe d’avoir accepté de nous livrer un témoignage sur son œuvre.

La nouvelle est tombée d’une façon inattendue et a plongé la Russie et l’ensemble du monde orthodoxe dans un deuil sincère et profond. Il était connu que la santé du patriarche était faible, mais personne ne s’attendait à le voir partir aussi subitement. La veille de sa mort encore, il avait célébré une liturgie eucharistique, longue et solennelle, à la cathédrale historique de Moscou. C’était la fête de l’Entrée de la Mère de Dieu au Temple.
Dans la mesure où, en Russie, l’Église orthodoxe est la seule institution qui a traversé toutes les époques et survécu à tous les régimes, le patriarche Alexis symbolisait aux yeux de nombreux Russes la tradition éternelle de la Sainte Russie. Dans un pays où l’on n’est jamais sûr de l’avenir, l’Église avec son patriarche apparaissent quelquefois comme les seuls repères immuables. De plus, c’est pendant le pontificat d’Alexis II que de nombreux orthodoxes ont retrouvé le chemin de l’Église. Nombreux sont parmi eux ceux qui n’ont connu aucun autre patriarche dans leur vie de chrétiens. Il y a en Russie, dans le clergé et chez les laïcs, une vraie génération Alexis II, comme l’Église catholique a connu une génération Jean-Paul II.
Né en 1929 à Tallinn, en Estonie, dans une famille noble d’origine germano-balte, Alexis Ridiger est resté patriarche de Moscou pendant dix-huit ans et évêque pendant quarante-sept ans. Élu au siège de Moscou en juin 1990, c’est lui qui a eu la chance de présider une Église affranchie du joug soviétique et en pleine renaissance. Aux funérailles du patriarche Alexis le 9 décembre, à la cathédrale Christ-Sauveur de Moscou, le métropolite Cyrille de Smolensk, devenu locum tenens du siège patriarcal, a pu dire qu’Alexis II « avait reçu une Église incapable de manifester son potentiel spirituel et d’adresser au peuple une parole vivante. C’était une Église isolée… Aujourd’hui, se tenant devant la Face de Dieu, le patriarche Alexis peut dire qu’il a laissé une Église complètement transfigurée ».
Le patriarche Alexis a consacré une grande partie de sa vie au dialogue entre les Églises. Membre du Comité central du Conseil œcuménique (1961-1968), de la commission internationale Faith and Order, il fut, de 1987 à 1992, président de la Conférence des Églises européennes. Dès 1972, Mgr Alexis, en qualité de vice-président de la KEK, contribue au développement des contacts entre cette assemblée, réunissant des Églises orthodoxes et protestantes d’Europe, avec le Conseil des conférences épiscopales européennes de l’Église catholique, alors présidé par le cardinal Roger Etchegaray. C’est à partir de cette époque que les deux prélats nouent une amitié durable. En octobre 2007, le cardinal Etchegaray accueille le patriarche Alexis à Paris et l’accompagne pendant tout son séjour.
La visite du patriarche Alexis à Strasbourg et à Paris fut un événement mémorable. C’était la première fois qu’un patriarche de Moscou se rendait en France. Pourtant, les relations entre la Sainte Russie et la France remontent au xie siècle, lorsque la princesse Anne de Russie épousa le roi de France Henri Ier. En acceptant l’invitation de la Conférence des évêques de France et de l’archevêque de Paris de se rendre dans la capitale française, le patriarche Alexis fit preuve d’un grand courage. Sa visite à Notre-Dame de Paris et la prière devant la Couronne d’épines du Seigneur, retransmise par plusieurs chaînes russes, a suscité ensuite une polémique dans certains milieux orthodoxes, méfiants envers les chrétiens occidentaux. À Paris, le patriarche Alexis a visité également l’église des Trois-Saints-Docteurs, siège de l’évêque du patriarcat de Moscou en France. Cet ancien garage transformé dans les années 1950 en une petite église 
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