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La mort des enfants sans baptême

M. l'abbé Laurent Spriet

Source : La Nef N°290 Mars 2017
À la suite d’un travail de la Commission théologique internationale (L’espérance du salut pour les enfants qui meurent sans baptême, Téqui, 2008), Dom Jean Pateau, Père Abbé de Fontgombault, se demande s’il existe des suppléances au sacrement du baptême pour assurer le salut des enfants morts sans baptême (1)& 8200;: un remarquable travail théologique en attendant une éventuelle intervention du Magistère de l’Église qu’il appelle de ses vœux. Présentation.


La question du sort des enfants morts sans baptême (avant d’avoir atteint l’âge de raison) est une question cruciale qui inquiète le cœur des hommes depuis des siècles. Benoît XVI a pu la qualifier de « priorité pastorale de notre époque moderne ». Ces enfants sont extrêmement nombreux : enfants morts « in utero » (par mystérieuse « fausse couche », par un dramatique avortement, par l’action homicide d’un stérilet ou d’une « pilule du lendemain ») ou enfants morts « post-partum » (« mort subite du nourrisson »). Puisque la Bible ne révèle pas de façon directe quelle est leur destinée, il faut donc essayer de trouver la volonté du Seigneur sur eux grâce à une réflexion théologique.
Dom Jean Pateau se penche sur cette problématique. Il cherche à connaître la pensée de saint Thomas d’Aquin sur la question à travers une perspective historique. Il étudie tout d’abord ce qui a précédé l’Aquinate : les sources scripturaires et magistérielles, les Pères de l’Église (notamment saint Augustin), puis les scolastiques du Moyen-Âge. Il met ainsi en lumière la genèse et le développement de l’hypothèse des limbes (de limbus en latin qui désigne la bordure d’un vêtement et, par extension, la bordure de l’enfer qui serait, selon certains théologiens, le « lieu » des âmes de ces enfants après leur mort). Et il montre comment les principes théologiques de saint Thomas d’Aquin peuvent ouvrir des perspectives théologiques pour aujourd’hui. Car, au fond, ce n’est pas parce qu’un enfant meurt avant son baptême qu’il meurt nécessairement avec le péché originel.

ÉTAT DE LA QUESTION
Ce problème théologique gravite autour de deux pôles : d’un côté le péché originel et ses conséquences dramatiques, et de l’autre la volonté salvifique universelle du Seigneur. La peine due au péché originel est la privation de la vision béatifique (2). Le moyen ordinaire du salut est le baptême. Car toute personne humaine ne peut entrer au ciel que si elle est « touchée » par la grâce de la rédemption. Or, cette grâce, le Seigneur la veut pour tous les hommes. Les personnes douées de l’usage de leur raison peuvent refuser le salut qui leur est acquis et offert par le Seigneur, mais les enfants morts sans baptême (avant l’usage de raison) n’opposent aucune résistance à cette volonté de Dieu. Pourquoi ne seraient-ils donc pas sauvés par le Seigneur d’une manière ou d’une autre ? Si « oui », peut-on préciser la nature de ces suppléances ?

UN OUVRAGE ENGAGÉ
Ce travail de Dom Pateau n’est pas seulement un très bel exposé théologique : c’est une œuvre engagé& 8203;e au sens où le Père Abbé démontre la faiblesse de la théorie des limbes. Il plaide en faveur du salut des enfants morts sans baptême avant l’âge de raison. Ce faisant, il rejoint notamment la pensée du cardinal Ratzinger (3), mais aussi celle de mystiques comme saint Thérèse de l’Enfant-Jésus, Marthe Robin ou Marcel Van. Dom Pateau démontre la possibilité et l’opportunité d’un document du Magistère de l’Église permettant d’interpréter de façon authentique les versets des Saintes Écritures qui proclament la volonté salvifique universelle du Seigneur (en particulier 1 Tm 2, 4).

SAINT THOMAS ET SES PRÉDÉCESSEURS
L’étude historique à laquelle se livre Dom Pateau permet de mettre en valeur l’évolution de la pensée de saint Augustin. Dans ses écrits, il faut en effet distinguer deux 
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