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La Palestine au quotidien

Falk Van Gaver

Source :La Nef n°222 de janvier 2011
Falk van Gaver est parti en août 2009 vivre en famille en Palestine, dans le village chrétien de Taybeh. Témoignage.

Il est difficile de ne pas partir d’où on est. Je vais donc commencer ce témoignage par une précision : je fais partie de cette frange active du catholicisme qui, redécouvrant avec bonheur les racines juives du christianisme et la richesse du judaïsme, en est venue comme naturellement, outre des amitiés juives, à une forte sympathie pour Israël – souvent doublée d’un a priori favorable au sionisme. C’est donc dans cette disposition d’esprit que je suis venu à partir d’août 2009 vivre deux ans en famille à Taybeh, l’Éphraïm biblique (cf. Jean 11, 54), en Territoires palestiniens occupés – pressentant cependant que mes certitudes seraient mises à l’épreuve. Après près d’un an et demi à partager la vie des Palestiniens du dernier village entièrement chrétien de Terre Sainte, proche de Jérusalem et de Ramallah, quelques clichés se sont bien sûr écroulés.
Comme celui qui veut que les Palestiniens ne soient pas vraiment un peuple, mais plutôt des Arabes nomades, sans racines, qui auraient été attirés dans la région notamment dans la première moitié du XXe siècle par la mise en valeur économique du pays par les colons juifs. Quand Abdallah me dit : « Nous, les Muaddi, ne sommes pas vraiment Taybaouis à l’origine : cela ne fait que cinq siècles que notre famille est installée dans le village », voilà qui relativise cette assertion. Comme les ruines de l’église byzantine Al-Khader qui contiennent un baptistère du Ve siècle où les ancêtres des villageois étaient baptisés. Que Taybeh soit un village chrétien n’y change rien. Le village voisin, musulman, s’appelle Deir Jareer (le « couvent de Gérard » selon l’étymologie locale – « deir » signifiant monastère et signalant une origine chrétienne de la toponymie, comme Deir Dibwan –, le « couvent du bois » me dit-on ici, un autre village proche, ou encore Singil – le transparent Saint-Gilles). On y a retrouvé, comme à Kufr Malik et d’autres villages des environs, des restes d’églises antiques avec baptistères monolithes. Plusieurs familles musulmanes de Deir Jareer portent, avec fierté, des patronymes chrétiens, que certains rattachent même, avec leurs yeux et leurs cheveux clairs, à des origines franques…
« Une terre sans peuple pour un peuple sans terre » : comme l’ont reconnu certains leaders juifs tels que Asher Ginzberg, dit « Ahad Ha’am », dès son premier voyage en Palestine en 1891, le slogan sioniste s’est vite heurté à une réalité imprévue, puis souvent niée : « Nous avons l’habitude de croire, écrit-il alors avec une grande franchise dans Vérité de la terre d’Israël, hors d’Israël, que la terre d’Israël est aujourd’hui presque entièrement désertique, aride et inculte, et que quiconque veut y acheter des terres peut le faire sans entrave. Mais la vérité est tout autre. Dans tout le pays, il est dur de trouver des champs cultivables qui ne soient pas cultivés… Nous avons l’habitude de croire, hors d’Israël, que les Arabes sont tous des sauvages du désert, un peuple qui ressemble aux ânes, qu’ils ne voient ni ne comprennent ce qui se fait autour d’eux. Mais c’est là une grande erreur. L’Arabe, comme tous les fils de Sem, a une intelligence aigue et rusée… S’il advient un jour que la vie de notre peuple dans le pays d’Israël se développe, au point de repousser, ne fût-ce qu’un tout petit peu, le peuple du pays, ce dernier n’abandonnera pas sa place facilement. »
La moindre promenade dans la campagne témoigne ainsi d’une occupation millénaire et minutieuse du territoire : les mountars, ces petites tours de pierres sèches qu’évoquent les Écritures et qui sont les équivalents de nos bories provençales, mais aussi les murets, les terrasses et restanques, les abris sous roches, les grottes aménagées, les cuves, citernes et silos parfois immenses et creusés dans le rocher, les tombes 
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