J’ai un ami qui s’appelle Ali. Vous aussi peut-être ? Le mien s’appelle Ali Rebeihi et c’est un grand Français. Je le précise, justement à cause de son patronyme puisque nous sommes entrés définitivement dans la période des raccourcis. Dans les deux sens. Ali, c’est un jeune homme brillant et particulièrement cultivé qui officie sur France Inter. C’est d’ailleurs pour ça que je vous parle de lui : il s’y est agacé récemment d’une saillie d’Eric Zemmour désormais fameuse où il était question de l’origine de la délinquance en France aujourd’hui. Qui a tort ? Qui a raison ? Le jugement en la matière est malaisé : Éric Zemmour doit-il s’empêcher de dire tout haut ce que nombre de ses compatriotes pensent tout bas, d’autant plus qu’en l’occurrence il ne faisait que défendre l’honneur des flics ? À l’opposé, Ali Rebeihi doit-il taire le sentiment d’injustice profonde que lui procure un amalgame qui le renvoie, lui entre autres, à une appartenance supposée à un gang racial de voyous ? S’il est un lieu où nous devons exercer notre discernement aujourd’hui, c’est éminemment en ce domaine piégé. La complaisance coupable d’une gauche irresponsable envers des individus indûment rebaptisés « jeunes » dans leur ensemble, sans doute pour excuser à l’avance leurs frasques, dont la délinquance a maintenant viré au banditisme et sur lesquels elle compte, la naïve, bâtir un nouveau prolétariat pour remplacer l’ancien qui lui a décidément faussé compagnie, cette complaisance ne devrait pas, au grand jamais, nous laisser forger en échange des réflexes défensifs qui réduiraient l’intelligence politique à rien.
Ali Rebeihi, quand il veut dire qui il est, écrit ceci : « Je suis le fruit de mon amour des grands textes bibliques, de mon amour de la Rome impériale, du Coran, de la philosophie occidentale, de la langue française, de Montaigne et de Balzac, des grands romanciers russes, américains, des paysages de ma France bien aimée, mais aussi du Sahara et des plages algériennes ». Je ne sais pas si Ali est chrétien, musulman, athée, ou agnostique. Je sais seulement que des Ali Rebeihi, j’en voudrais cent mille ici. Certes, Éric Zemmour aurait beau jeu, dans sa logique, de reprocher à ses parents de ne pas lui avoir donné un prénom français. Mais ce que Zemmour rate, et ce qu’il ne conçoit pas, c’est qu’écroulée la République, ou l’Empire de ses rêves, nul n’a plus de raison de choisir un prénom français si ce n’est pour des questions religieuses, c’est-à-dire catholiques. Nous l’allons illustrer tout à l’heure, avec l’histoire de Mohammed al’Moussaoui, incroyable personnage qui signe aujourd’hui un ouvrage sous son nouveau nom, bien français en l’occurrence : Joseph Fadelle.
Pour parler comme les jeunes, ce livre est juste une bombe. Le Prix à payer (1) est exactement un ouvrage qui n’aura pas de prix pour vous, j’en suis sûr, si vous vous ruez dessus. Ce que vous ne manquerez pas de faire : car, plus qu’un témoignage, cette vie d’un Irakien de très grande famille chiite, vie bouleversée, vie dynamitée même, par la rencontre du Christ, nous touche au plus profond de l’âme et du cœur, et nous procure dans le même temps un sentiment de joie, d’admiration et de honte. De joie devant l’aventure d’une conversion si inouïe (je ne vous raconte pas les détails, vous les découvrirez par vous-mêmes) ; d’admiration devant la foi à déplacer les montagnes de cet homme qui a subi les pires injures, jusqu’au martyre, pourrait-on dire, même s’il en a réchappé ; de honte devant nos peurs d’Occidentaux bien embourgeoisés et renfermés autour de nos nombrils quand nos frères chrétiens périssent, maintenant, en Irak ou ailleurs. Mohammed Al’Moussaoui s’appelle aujourd’hui Joseph Fadelle, il est devenu français. Affirmer qu’il n’a pas choisi cet exil serait peu dire. Mais s’il a trouvé refuge en France, c’est qu’elle demeure encore un peu la patrie des hommes libres. Ni Zemmour