Les coptes ont été une nouvelle fois victimes d’un grave attentat. Ils subissent en Égypte
une discrimination intolérable qui est malheureusement souvent mal comprise.
En revendiquant l’attentat contre la cathédrale syriaque-catholique de Bagdad commis le 31 octobre 2010, « l’État islamique en Irak », mouvement affilié à El Qaïda, avait annoncé le même sort aux coptes si leur Eglise ne libérait pas Camilia Chehata et Wafaa Constantine. Selon les islamistes, ces deux Égyptiennes, épouses séparées de prêtres coptes, ont été enfermées dans des monastères en guise de punition pour leur conversion à l’islam. L’affaire semble montée de toutes pièces, la première ayant témoigné par vidéo qu’elle s’était retirée du monde pour approfondir sa foi chrétienne. Quoi qu’il en soit, depuis des mois, des musulmans manifestent en toute liberté dans certaines villes le vendredi à l’issue de la grande prière, contre l’Église copte accusée de séquestrer ces femmes.
Le 31 décembre au soir, la menace islamiste a été exécutée à Alexandrie. La foule des fidèles sortant de l’église des Deux-Saints (copte-orthodoxe), où elle avait assisté à la messe « du Nouvel An », a été décimée par l’explosion d’un homme qui s’est fait sauter au milieu d’elle (23 morts, une centaine de blessés). Aussitôt, le chef de l’État, Hosni Moubarak, a cherché à minimiser la portée de cette agression, affirmant qu’elle avait été commise par des « mains étrangères ». C’était occulter le fait que le numéro deux d’El Qaïda, Ayman El Zawahiri, est égyptien et qu’un climat anti-copte se développe au pays du Nil en parallèle avec la réislamisation accélérée de la société sous l’influence de l’Arabie-Séoudite. De toute façon, lorsqu’ils ne sont pas qualifiés d’« étrangers », les auteurs des violences anti-chrétiennes sont désignés comme des « déséquilibrés » et leurs forfaits décrits comme des « actes isolés ». Il en est ainsi dans tous les pays à majorité musulmane, y compris la Turquie. Cela permet d’occulter les vraies responsabilités et d’enterrer les affaires. Le plus souvent, les criminels ne sont d’ailleurs pas condamnés.
Or, c’est justement ce que les coptes ne veulent plus accepter. Alors que leur tempérament les portait jusqu’ici à une certaine résignation et à trouver refuge dans la religion et la piété, ils osent maintenant défier le gouvernement, descendre dans la rue, crier leur colère et leur douleur, réclamer leurs droits de citoyens. Le président Moubarak a déclaré que « cet attentat visait le pays tout entier et non une communauté en particulier, alors, pourquoi n’a-t-il pas décrété un jour de deuil national ? », se sont demandé certains coptes. Ce sursaut a commencé voici environ une décennie. Les chrétiens veulent que l’État reconnaisse qu’il y a « un problème copte » et ouvre un débat public sur la question. Mais, d’un drame à l’autre, le pouvoir temporise et la situation demeure inchangée. Car, entre les massacres, qui se produisent à une cadence accrue depuis une trentaine d’années, les coptes vivent un calvaire quotidien. Et cela dure depuis la conquête arabo-islamique de l’Égypte au VIIe siècle, qui s’est accompagnée de l’instauration de la dhimma à laquelle sont soumis les « gens du Livre » (juifs et chrétiens), ressortissants d’États dont l’islam est la religion officielle. La « protection » (sens littéral du mot dhimma, devenu dhimmitude en français) qui leur est consentie repose sur un ordre « divin » qui prescrit l’humiliation des dhimmis (Coran 9, 29). Ils peuvent conserver leur religion mais doivent la pratiquer discrètement et accepter leur réduction au rang de citoyens de seconde catégorie, l’objectif étant de leur montrer leur infériorité par rapport aux « vrais croyants » que sont les musulmans. Sous la pression des puissances européennes, la dhimmitude a été formellement abolie au XIXe siècle par le sultan ottoman qui dominait alors le Levant arabe. Mais le principe sur lequel elle