Fournisseur de la pilule du lendemain dans plus de 50 pays, le laboratoire français HRA Pharma vient d’obtenir de la Commission européenne l’autorisation de mettre sur le marché un contraceptif d’urgence d’un nouveau type, baptisé « pilule du surlendemain ».
Eté 1999, la France est le premier pays au monde à autoriser la vente libre en pharmacie du Norlevo ou pilule du lendemain. Suivra la loi du 13 décembre 2000 relative à la contraception d’urgence qui renforcera un dispositif censé diminuer le recours des jeunes à l’IVG : la pilule du lendemain n’est plus soumise à prescription médicale, la minorité constitue une condition de dispensation à titre gratuit, les infirmières scolaires acquièrent le pouvoir de la distribuer, le consentement parental est supprimé dans tous les cas… Objectif : toucher les jeunes filles partout où elles se trouvent, collèges, lycées et universités. Et atteindre l’ensemble de la population féminine dans les lieux disponibles sept jours sur sept : les officines réparties de manière optimale sur l’ensemble du territoire.
En pratique, l’État permet au laboratoire HRA Pharma qui détient l’exclusivité de la fabrication et de la distribution de la pilule du lendemain d’engranger un joli pactole. Avec 1 210 000 boîtes vendues en 2008, l’industriel peut se frotter les mains. Dans un communiqué publié pour « fêter » les dix ans de sa pilule, la start-up pharmaceutique, endossant les habits de juge et partie, affirme que le Norlevo demeure sous-employé, estimant que la France compte chaque année 24 millions de rapports sexuels « à risques » à la suite d’un raté de la contraception hormonale ou d’un échec dans l’utilisation du préservatif. De quoi s’assurer de confortables marges de progression dans la conquête d’un marché décidément très lucratif.
Et préparer l’arrivée de son tout nouveau produit. Se présentant comme une « société pionnière dans les domaines de la santé reproductive et de l’endocrinologie », HRA Pharma vient d’annoncer avoir conçu et développé de bout en bout un contraceptif d’urgence de nouvelle génération. Le 15 mai 2009, la Commission européenne lui a octroyé une autorisation de mise sur le marché pour l’ensemble de l’Union européenne, décision prise à l’unanimité des États membres. Commercialisé sous le nom d’Ellaone, il sera sur les étagères des pharmacies françaises début octobre, avant que l’Allemagne et la Grande-Bretagne ne suivent. Baptisé pilule du surlendemain pour la distinguer du Norlevo, l’Ellaone peut être absorbée en une seule prise d’un comprimé dans les 5 jours qui suivent un rapport sexuel non protégé avec un taux d’efficacité qui avoisine les 95 %. Tandis que celui de la pilule du lendemain classique décline rapidement pour atteindre difficilement les 60 % après 48 heures.
Le mécanisme d’action ne laisse planer aucun doute. Son principe actif se fixe sur les récepteurs auxquels se lie normalement la progestérone, l’hormone de la grossesse. Si l’une des conséquences peut être le blocage de l’ovulation avec un effet purement anticonceptionnel, la seconde est bien abortive, la molécule rendant impropre la nidation de l’embryon en cas de fécondation. D’ailleurs les propriétés biochimiques de la pilule du surlendemain rappellent celles du RU-486 lui-même qui fonctionne comme un analogue structural de la progestérone, capable également de piéger ses récepteurs.
Raison de cette fièvre dans la recherche pharmaceutique ? Diminuer le nombre de « grossesses non désirées ». En France, force est pourtant de constater que la diffusion de la contraception d’urgence s’est soldée par un échec retentissant sur le terrain. Malgré une progression de plus de 20 % depuis 2006 – près de 33 % des 15-24 ans déclarent la prendre annuellement –, on a enregistré de manière concomitante une augmentation de 9 % des IVG chez les moins de 18 ans au cours de la même période (1) ! Son inefficacité n’aurait pourtant pas dû