Recherche
  • Accueil
  • Archives de la Nef
  • Société
  • Divers

La pornagraphie

Éditorial

Jacques de Guillebon

Source : La Nef n°239 de JUILLET-AOUT 2012
Il est malaisé d’aborder la question de la pornographie dans notre monde, soit que, suivant les milieux, l’on vous soupçonne d’être un pisse-vinaigre, soit que l’on subodore en vous l’obsédé que la question turlupine toute la sainte journée. Pourtant, ce que durant des années, malgré la mal nommée libération sexuelle, les législations étaient parvenues à limiter à certains lieux, ou à certaines populations, en interdisant l’affichage et la publicité par exemple, est devenu en une quinzaine d’années une industrie dominante à quoi chaque minute, pourvu que l’on dispose d’une connexion internet – ce qui est le cas de l’immense majorité de la population occidentale – l’on est exposé. Une rapide recherche – avec l’aide d’internet précisément – sur les chiffres de cette industrie et de sa consommation donne rapidement le vertige et la nausée. On se passera de les exposer au lecteur qui n’a pas que ça à lire.

Reste que sans même entrer dans le cas des plus sordides déviances de ce monde – comme la pédopornographie – la question cruciale n’est plus posée nulle part, sinon par des féministes qui seulement se plaignent des conditions de la femme dans l’histoire, ce qui est en effet une grave faute mais qui n’emporte pas le fond du problème : si même, par impossible, l’industrie pornographique se mettait à invoquer demain la mystique de la littérature courtoise, demeurerait sans réponse l’interrogation fondamentale du sens de ce cirque.

L’Église et la majorité des chrétiens – de même que les autres grandes religions – n’ont pas renoncé à condamner sans fard ce manège, en le portant théoriquement sur le plan politique : « Les autorités civiles doivent empêcher la production et la distribution de matériel pornographique », conclut très clairement le Catéchisme de l’Église catholique (n. 2354), après avoir rappelé les raisons de cette exclusion, c’est-à-dire la profonde blessure causée à l’intimité du couple et à la finalité des relations sexuelles.

Encore une fois, plutôt que de brandir des arguments vieux comme Pompéi, ceux consistant à vous faire croire qu’interdire la diffusion de la pornographie, c’est Rabelais, Flaubert et Baudelaire que vous assassinez, les partisans de sa légalisation seraient bien inspirés de répondre un jour aux questions : Qu’est-ce que la pornographie ? Quel est son rôle, individuel et social ? Peut-il y avoir une éducation à la pornographie ? Et mène-t-elle l’homme à son but, le rapproche-t-elle de sa plénitude ? il est étrange que l’on n’entende jamais à ce sujet que des banalités progressistes qui constatent seulement que c’est ainsi, que cela répond à une demande, que tant que cela se passe entre adultes consentants, tout va bien, que c’est une grande libération après les siècles de plomb de la morale judéo-chrétienne, et tout le saint-frusquin. Nulle part, on ne dit avec quel invariant humain cela résonne, invariant qui serait susceptible de justifier cette production. Même les marxistes qui, s’ils demeuraient logiques avec leurs bases théoriques, devraient y voir la main de la domination technique, bourgeoise, accumulative et spectaculaire ne réagissent plus. Pasolini seul, il y a quarante ans, a levé le lièvre avec son film Salo qui, s’il demeure lui-même pornographique dans ses images, révèle cette vérité cachée au contemporain tout benoît que le sadisme – c’est-à-dire la matrice de la pornographie moderne – est un fascisme. Et réciproquement. C’est le génie de cette œuvre que par ailleurs on ne conseille à personne.

En somme, il y a dans la pornographie, originellement et surtout en tant qu’elle s’est développée au rythme des progrès techniques, un instinct de mort. Elle obéit intrinsèquement aux lois de la consommation à outrance du monde contemporain, cette organisation scientifique des péchés capitaux, et particulièrement des péchés capitaux les plus bas, les plus simples, les plus immédiats. Les 
Page 1 sur 2 1 2 »