« Je crois que notre grande tâche est maintenant […] de remettre avant tout en lumière la priorité de Dieu. Aujourd’hui, l’important est que l’on voie de nouveau que Dieu existe, qu’Il nous concerne et qu’Il nous répond » (1). Cette phrase, extraite du livre d’entretien de Benoît XVI, au-delà des polémiques et procès d’intention, me semble résumer le souci fondamental du Saint-Père. Que ce soient les rapports entre foi et raison, son regard très nuancé sur la modernité – qui « n’est certes pas construite uniquement sur du négatif » (p. 39) –, son analyse de la sécularisation ou même l’importance d’une belle liturgie, tout se ramène à ce défi majeur qui est finalement celui de l’évangélisation, de la mission. Dans la ligne du pape, un évêque français en a fait le thème de sa lettre pastorale, laquelle, remarquable, vient d’être très opportunément publiée avec un sous-titre explicite : L’urgence de la mission (2). Cela suppose des chrétiens non repliés sur eux-mêmes qui osent proclamer la Parole de Dieu à un monde désabusé qui ne croit plus en rien.
La chose n’est certes pas aisée, car, tout le monde finit par le reconnaître – même Bernard-Henri Lévy (3), honneur à lui ! –, le christianisme est, de loin, la religion la plus persécutée dans le monde, ce dont s’est plaint Benoît XVI dans son traditionnel message pour la Journée mondiale de la Paix, le 1er janvier (4) : « Les chrétiens sont à l’heure actuelle le groupe religieux en butte au plus grand nombre de persécutions à cause de leur foi » (n. 1). Sans doute est-ce la raison pour laquelle le Saint-Père a consacré ce message au thème de la « Liberté religieuse, chemin vers la paix ». C’est un texte important et remarquable. Il n’est pas anodin que ce document se termine par cet appel : « Le monde a besoin de Dieu » (n. 15), confirmant par là même le souci du pape exprimé tout au début.
Benoît XVI, dans la continuité des enseignements pontificaux depuis le Concile, fait de la liberté religieuse « l’élément incontournable d’un État de droit », car « on ne peut la nier sans porter atteinte en même temps à tous les droits et aux libertés fondamentales, puisqu’elle en est la synthèse et le sommet » (n. 5). Il ne s’agit donc pas d’un enseignement secondaire facultatif, mais d’un pivot essentiel de toute approche chrétienne de la politique, au même titre que le droit à la vie, car l’un et l’autre sont constitutifs du respect de la dignité de la personne humaine. Il ne peut y avoir de liberté morale sans liberté religieuse, explique le pape, car cette dernière permet d’ordonner librement ses choix selon la vérité. « L’illusion que l’on puisse trouver dans le relativisme moral la clé d’une coexistence pacifique, est en réalité l’origine des divisions et de la négation de la dignité des êtres humains » (n. 3).
La religion a une dimension publique qu’on ne peut lui nier. Son apport, au niveau culturel ou caritatif est assez évident ; mais « la contribution éthique de la religion dans le domaine politique » est encore plus importante et devrait être « comprise comme un apport valable à la promotion du bien commun » (n. 6). Certes, Benoît XVI reconnaît que la religion peut être « instrumentalisée » et « imposée par la force » (n. 7) et il condamne toutes « formes d’intégralisme religieux » (n. 8) : il est difficile de ne pas voir ici l’islamisme, surtout après que le pape ait évoqué le drame de l’Irak. Comment nier, au demeurant, si l’on excepte l’hindouisme et le communisme, que toutes les autres persécutions anti-chrétiennes proviennent de pays musulmans ? Lesquels pays n’appliquent ni ne connaissent le droit à la liberté religieuse, les exemples comme celui d’Asia Bibi ne manquant pas hélas ! – cette chrétienne pakistanaise, mère de famille, condamnée à mort pour « blasphème » (et maintenant menacée jusque dans sa prison), simplement pour avoir défendu le Christ sur son lieu de travail !
Mais Benoît XVI