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La réalité de l'immigration

Jean-Paul Gourévitch

Source :La Nef n°215 de mai 2010
Le débat sur les flux migratoires, longtemps considéré comme tabou, vient e revenir sous les feux de l’actualité à la lumière de deux parutions de mars 2010. La première est un nouvel ouvrage de Michèle Tribalat (cf. ci-dessous), la seconde est l’œuvre de Jean-Paul Gourévitch (1), qui nous présente ici ses travaux.

Les chiffres. Par des analyses rigoureuses mais différentes, ces deux ouvrages aboutissent à un constat identique. La réalité des flux migratoires a été jusqu’ici sous-estimée et dissimulée à l’opinion publique pour ne pas aviver la xénophobie. Aujourd’hui pourtant, l’INSEE, dans ses publications comme INSEE Première, s’intéresse non seulement aux personnes d’origine étrangères nées à l’étranger et ayant décidé de s’installer en France – définition classique de l’immigré – mais à la population née en France dont au moins un des parents est immigré. Au total, selon Michèle Tribalat, la population des immigrés et de leurs descendants directs serait en France en 2008 de 11,7 millions d’habitants soit 19 % du total, en augmentation de 33 % sur 9 ans. Pour Contribuables Associés qui ne prend en compte que la population métropolitaine au 1er janvier 2010 et considère que celle des enfants d’origine étrangère se limite à ceux qui ont deux parents étrangers et à 50 % de ceux qui n’en ont qu’un, l’estimation de cette même population est de 7,7 millions soit 12,5 % de l’ensemble des résidents concernés avec une forte augmentation sur les dix dernières années.

Le coût de l’immigration. Au moment où la dette de la France s’élève à 25 000 euros par citoyen (bébés compris), la question de sa réduction se pose à tous les niveaux de l’État. L’argument moral selon lequel « l’immigré n’est pas une marchandise » pèse peu face à une France adulte qui est prête à subventionner des déficits structurels (le handicap, les retraites, la protection sociale…) mais veut savoir combien cela lui coûte et ce qu’on fait de son argent.
Selon Contribuables Associés, les dépenses que l’État consent pour l’immigration se montent à 79,4 milliards d’euros dont près des trois-quarts relèvent des coûts sociaux. Les recettes à 49 milliards d’euros dont plus des deux tiers sont dus à la fiscalité directe (État et collectivités locales) et aux impôts indirects (TVA et TIPP). Déficit global pour les finances publiques : 30,4 milliards d’euros soit 1,5 point de PIB.
Le coût ne se limite pas à l’arithmétique des recettes et des dépenses. L’État investit aussi à moyen terme par l’aide publique au développement transformée récemment en accords de partenariat, et par une politique de la ville (éducation, logement, santé…) notamment en direction des primo-arrivants et des enfants d’origine étrangère qui constitueront demain les forces vives de la nation. L’aide aux pays d’origine n’a qu’un effet marginal sur la contraction des flux migratoires, mais les dépenses annuelles d’intégration (5,70 milliards d’euros) sont quasi équivalentes à la plus-value générée par le travail des immigrés pour la communauté nationale (5 milliards d’euros).

Réduire le déficit ? Les deux analyses considèrent qu’il faut abandonner le slogan selon lequel « l’immigration est une chance pour la France », sous prétexte qu’elle favoriserait la croissance, pallierait l’hiver démographique de l’Europe et paierait les retraites d’une communauté nationale de moins en moins active. Les études conduites outre-Manche et outre-Atlantique montrent que l’immigration n’a pas d’effet globalement positif sur les finances publiques tant que l’immigration de peuplement qui coûte à l’État plus qu’elle ne rapporte reste supérieure à l’immigration de main-d’œuvre qui rapporte un peu plus qu’elle ne coûte quand elle n’est pas clandestine.
Si Michèle Tribalat privilégie l’accès à une information loyale sur des recherches souvent occultées, Contribuables Associés s’interroge surtout sur la réduction des déficits publics. L’immigration est une réalité 
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