Benoît XVI voit la source de la crise dans la cupidité : « les effets délétères, sur l’économie réelle, d’une activité financière mal utilisée » (n. 21 de Caritas in veritate).
Mais qu’est-ce qui a généralisé la cupidité ? Le système néolibéral installé à la fin du XXe siècle.
Avant ce système, la machine financière devait composer avec le politique et le social. Ces deux contrepoids ont sauté. La spéculation a pris le contrôle de la planète : le casino a asservi l’économie.
D’où la crise actuelle : la cupidité des riches sabotant la vie des pauvres.
Les pauvres ont-ils un recours ? Oui, en principe : le politique. S’il remplissait sa mission... Celle-ci est d’assurer la justice en faisant prévaloir le bien commun ; rétablir les contrepoids serait le devoir des États. Mais ils s’y dérobent. Obama parle, Sarkozy parle, et ils s’en tiennent à peu près là.
Rassuré, le casino financier rouvre ses jeux (comme s’ils n’avaient pas provoqué la catastrophe de 2008). Le trader Andrew Hall exige de Citigroup une prime de cent millions de dollars, récompense contractuelle de ses spéculations sur le pétrole – qui furent l’une des causes de la crise. Les banques américaines, sauvées en février par l’argent des contribuables, annoncent dès juillet qu’elles vont distribuer à leurs experts-spéculateurs des bonus énormes : pour cela, Goldman Sachs provisionne 20 milliards de dollars, l’équivalent de la somme allouée par le G8 à la lutte contre la faim dans le monde. Des banques françaises imitent les banques américaines... Les analystes s’inquiètent : le retour de ces primes « liées aux profits à court terme » incite « à la prise de risques » ; « les compteurs s’affolent comme au temps de la bulle financière d’avant la crise ». La presse s’alarme : « La sphère financière et l’économie réelle sont-elles à nouveau en train de se déconnecter ? » Les opérateurs boursiers accumulent les bonnes nouvelles. Par exemple celle-ci : les banques américaines ont laissé tomber le groupe de services financiers CIT (spécialisé dans l’aide aux PME), décision « courageuse » aux yeux des Bourses ! Ou celle-là : Caterpillar ou Texas Instruments affichent des résultats « meilleurs que prévus » ; d’où viennent leurs profits ? « De la grande réactivité de ces entreprises qui se sont ajustées très rapidement au ralentissement de l’activité en réduisant leurs coûts, principalement par le biais des contractions d’effectifs » : c’est-à-dire des licenciements massifs ! Le drame des salariés fait la joie des marchés.
Et les perroquets reprennent la parole : n’ayant pas vu venir le crash de 2008 (issu de leurs principes), nos libéraux français en nient la gravité. Ce n’est, disent-ils, qu’une crise « cyclique », normale et même utile : un « moment » du « processus de destruction-création » qui caractériserait le capitalisme. Le modèle global n’est « pas en cause », affirme un universitaire ! Celui-là se dit catholique. Mais il contredit le pape, qui déclarait le 12 juillet : « Il y a des inégalités sociales et des injustices structurelles qui ne sont plus tolérables et qui exigent – en plus des interventions immédiates qui sont un devoir – une stratégie coordonnée pour rechercher des solutions globales durables ».
Le 8 juillet, Benoît XVI demandait un « nouveau programme économique », à la mesure de « la famille humaine tout entière ». C’est la « grande redistribution de la richesse au niveau planétaire » et la « gouvernance de la mondialisation » que prône l’encyclique (n. 42 et 57). Mais cette proposition déchaîne l’ire d’une radio de droite : criant à l’encyclique « socialiste », au pape « nul en économie », l’animateur d’une émission proclame : « le pape veut une autorité mondiale ? Alors là, comme Maurras en son temps, je dis Non possumus ! »
Dire non possumus au pape est