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La richesse de la différence

MGR BROUWET

Source :La Nef n°230 d'octobre 2011
Mgr Nicolas Brouwet est évêque auxiliaire de Nanterre depuis 2008. Il nous donne ici l’analyse du pasteur, qui a étudié la question et qui allie réalisme et compassion. Entretien.

La Nef – Depuis quelques années, on observe comme une accélération des attaques contre la vie et sa dignité : après l’avortement et l’euthanasie, le refus de statuer sur l’embryon, la pression en faveur du « mariage homosexuel », et maintenant la théorie du gender : comment analysez-vous et expliquez-vous cette évolution ?

Mgr Nicolas Brouwet
– La question qui traverse ces revendications est celle de la liberté. Une liberté conçue, avec l’existentialisme sartrien, comme un commencement absolu : au commencement, il y a la liberté de l’homme. Cet homme se déclare absolument libre, sans aucune entrave, sans nécessité ni déterminisme à affronter. Il ne doit rien à personne ; il ne dépend de personne, pas même de Dieu ; il n’est déterminé par rien.
L’existentialisme refuse ainsi l’idée d’une nature humaine qui pourrait nous conditionner. L’homme n’est que projection dans l’existence ; il doit se construire lui-même, s’inventer lui-même. Pour cet homme-là, la liberté est pure spontanéité, un pur jaillissement qui doit pouvoir s’exprimer souverainement. Toute opposition à ce jaillissement est une atteinte insupportable à sa liberté.
On comprend alors pourquoi il refuse toute prédisposition qui l’inclinerait à poser tel acte plutôt que tel autre. Pour lui, tout ce qui est présenté dans la philosophie classique comme une nécessité de nature n’est, au fond, qu’une construction culturelle, une sorte de superstructure oppressive dont il faut s’affranchir pour retrouver sa liberté originelle. Si un enfant l’encombre, pourquoi le garder ? S’il souffre, pourquoi ne pas abréger lui-même sa vie ? S’il préfère épouser un homme plutôt qu’une femme, qui l’en empêchera ? Il n’y a rien d’inscrit en lui-même qui l’aiderait à répondre à ces questions. Dans un tel système, le désir seul oriente la liberté sans aucune référence au bien, c’est-à-dire à ce qui confirmerait la personne dans son humanité.
Mais c’est au prix d’un véritable déni de la réalité. La différence sexuelle, dans cette perspective, n’a rien à dire qui puisse orienter nos comportements, elle n’est porteuse d’aucun sens. Parce que c’est l’homme lui-même qui donne un sens et qui choisit ce qu’il veut vivre.

Ce rejet de la notion de nature humaine et du concept de loi naturelle n’ouvre-t-il pas la porte au pouvoir sans limite d’une majorité parlementaire privée de toute norme morale objective qui s’impose à elle ?

S’il n’y a pas de nature humaine, si tout est construit au fur et à mesure, si l’agir de l’homme ne correspond jamais à un dynamisme qui le précède, alors la vie sociale n’est plus qu’une négociation entre des désirs particuliers. Un responsable politique n’a plus de raison de rechercher ce qui est conforme à la vocation de chacun ; il n’a plus de raison de s’interroger sur ce qui est bien et bon pour la personne humaine et qui dépasserait les clivages politiques et les problématiques du moment ; il ne fait plus qu’aménager la réalisation des aspirations et des attentes du citoyen en veillant à la paix sociale.
Une société dont l’idéal ne consiste plus qu’à exaucer au mieux les désirs de chacun, une société qui ne se croit plus capable de comprendre ce à quoi l’homme est appelé par-delà les cultures et les époques de l’histoire, cette société est menacée de délitement parce que chacun va où son envie le porte, indépendamment de toute référence à un appel commun. L’homme politique qui ne s’arrime plus à la recherche de la vérité – même si cette vérité est difficile à trouver – se condamne à suivre purement et simplement les modes et les courants d’opinion majoritaires au moment des élections. C’est une véritable défaite de la raison parce 
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