La résistance au nazisme, qui a été le fait de tous les hommes libres, fut aussi intérieure et, évidemment, souvent d’inspiration chrétienne. C’est ce dont ont témoigné les membres de Die Weisse Rose, mouvement estudiantin héroïque aujourd’hui tiré d’un injuste oubli.
Munich, 22 février 1943. La demie de treize heures sonne au Tribunal du peuple lorsque tombe le verdict : « En temps de guerre, les accusés ont appelé par des tracts au sabotage de l’armement et au renversement du mode de vie national-socialiste de notre peuple ; ils ont propagé des pensées défaitistes et calomnié de la pire façon le Führer ; ils ont ainsi favorisé l’ennemi du Reich et porté atteinte à notre force armée. C’est pourquoi ils sont condamnés à mort. Ils sont à jamais déchus de leurs droits de citoyens. » Les accusés, ce sont Hans Scholl, 24 ans, sa sœur Sophie, 21 ans et Christoph Probst, 23 ans. Le même jour, à 17 heures, ils sont décapités.
La défaite sur le front russe est consommée, le gouvernement vacille, il faut museler les détracteurs. Alexander Schmorell et Willi Graf, 25 ans tous les deux, sont condamnés à leur tour le 19 avril 1943, en compagnie du professeur Kurt Huber. À l’origine d’un groupe de résistance allemand au régime nazi, baptisé Die Weisse Rose (« La Rose Blanche »), ces étudiants ont distribué des milliers de tracts à Munich, Francfort, Stuttgart, Salzburg, Linz et Vienne. À partir de 1943, leurs actions influencent les intellectuels de Munich et de Berlin et redonnent espoir à la population terrorisée.
Enrôlés dès leur plus jeune âge dans les Jeunesses hitlériennes, ces cinq amis avaient subi un conditionnement autrement plus invasif que celui de notre pensée unique actuelle. Hitler ne mâchait pas ses mots sur les générations qu’il entendait former : « Ma pédagogie est dure. La faiblesse doit être éliminée à coups de marteau. Dans mes forts va grandir une jeunesse qui effrayera le monde. Je ne veux pas d’une éducation intellectuelle. Avec le savoir, je me pourris la jeunesse » (1). Sans l’apport d’une bonne éducation, qui permit à ses membres de développer sens critique, courage et curiosité intellectuelle, il est peu probable que La Rose Blanche ait existé.
Contrant la volonté hitlérienne, ces jeunes allemands organisèrent des soirées de lecture, pour lesquelles ils faisaient venir de France clandestinement les œuvres de Bernanos, Claudel ou Saint-Exupéry. Très concernés par la culture – véritables artistes pour certains d’entre eux – et dégoûtés par « l’art allemand » imposé où tout n’était que célébration de la force musculaire et de la puissance, ils formèrent leur esprit à la véritable beauté et à son essence : la vérité. « Je ne peux pas rester à l’écart, parce qu’il n’y a pas de bonheur pour moi à l’écart – et cette guerre, au fond, est une guerre pour la vérité. Tous les trônes mensongers doivent d’abord sauter, et c’est douloureux, pour laisser apparaître ce qui est vraiment authentique. Je ne le dis pas du point de vue politique, mais personnel, spirituel. J’ai été obligé de choisir », écrivait Hans Scholl (2).
Pour mettre en œuvre leur désir d’aider autrui, les quatre garçons s’inscrivirent en études de médecine, assistant également au cours de philosophie de Kurt Huber qui prônait la résistance au nazisme. Celui-ci faisait siennes les paroles de Fichte : « Tu dois agir comme si le destin de l’histoire allemande dépendait uniquement de toi et de ton action, comme s’il relevait de ta responsabilité. »
Grandis par l’amitié exceptionnelle qui les unissait, ils prenaient conscience qu’il était de leur devoir de résister. Mais que faire ? Ne se retrouvant pas dans l’idéologie communiste, quels moyens avaient-ils, seuls, face au nazisme ? Quelques groupes de résistance existaient, tel la Siegfriedstraße que Willi Graf fréquentait : « C’était un havre de paix où l’on rencontrait des hommes avec lesquels on pouvait parler. C’était