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La Tibet, la Chine et les Jeux

Chronique internationale

François-Georges Dreyfus

Source :La Nef n°194 de juin 2008
Profitant de la proximité des Jeux olympiques de Pékin de 2008, les Tibétains ont manifesté pour attirer l’attention du monde sur leurs problèmes liés à la politique chinoise au Tibet. Le monde occidental s’est alors souvenu tout d’un coup qu’entre la Chine et l’Inde existait un territoire de hauts plateaux autour de 4000 mètres d’altitude, peuplé de moines et de paysans, contrôlé par la Chine qui, chaque année, renforce sa présence et ses prétentions. Les médias, puis, à leur suite, les politiques se sont engouffrés dans cette affaire, sans penser aux conséquences et ont émis un certain nombre d’affirmations qui ne sont pas toujours exactes.
On a, par exemple, oublié que le Tibet est, dès le Moyen Âge, sous contrôle chinois. Depuis 1241, les Mongols occupent la région que les Ming leur enlèvent au xvie siècle ; depuis lors le Tibet est sous contrôle chinois. Bien plus : en 1907, les Britanniques qui ont tenté de s’y implanter doivent reconnaître la « suzeraineté » de la Chine sur le Tibet. De 1925 à 1950, au cours des conflits qui secouent la Chine, la région est plus ou moins livrée à elle-même mais dès 1950, le République populaire de Chine s’installe au Tibet, ce que confirme le traité de Pékin du 23 mai 1951, reconnaissant les droits de la Chine sur le Tibet.
Incontestablement, 1950 marque le début d’une nouvelle période. De 1720, installation de l’armée mandchoue à Lhassa, jusqu’en 1950, la suzeraineté chinoise est très lâche. Le pouvoir impérial est faible et le Tibet comme la plupart des provinces chinoises jouit d’une large autonomie. À partir de 1950, le pouvoir est centralisateur et le régime fondé sur le mao-marxisme est totalitaire : ce sera le temps de la Révolution culturelle, la lutte contre la religion et la destruction de nombreux temples et monastères. Dès lors, l’autonomie du Tibet disparaît et l’on assiste à une répression systématique des bouddhistes. Le Dalaï-Lama s’exile en Inde et, à Pékin, on considère comme « sécessionniste » l’action des moines bouddhistes. Simultanément débute le processus de « sinisation » du Tibet. Des centaines de milliers de chinois y sont installés par Pékin et ce processus s’accélère avec la mise en service de la voie ferrée reliant Pékin à Lhassa.

Le peuple tibétain se sent rejeté et exilé sur son propre territoire. Déjà en mars 1959 de violents combats avaient opposé les Tibétains et les Chinois. Ce soulèvement est réprimé avec une violence inouïe ; le Dalaï-Lama s’exile et le nord du Tibet est découpé administrativement entre le Yunnan, le Sichuan et le Xinjiang. Le Xinjiang, lui, demeure théoriquement autonome, mais la politique de sinisation limite peu à peu les degrés de l’autonomie et l’on assiste à une nouvelle série de manifestations en 1989 : on compte plus de 400 morts, le régime chinois est sans pitié.
Le Tibet présente un intérêt géopolitique évident. Stratégiquement, il peut faciliter l’expansion chinoise vers le Pakistan, l’Inde et la Birmanie. Que les Chinois refusent l’indépendance d’une région liée à eux depuis des siècles se comprend parfaitement. Géographiquement, le Tibet est un château d’eau. Prennent leur source au Tibet l’Indus, le Gange, le Brahmapoutre, le Mékong, le Yang Tsé. En un temps où apparaissent les maxi-barrages, il est évident que le contrôle du château d’eau tibétain est essentiel.
Politiquement, on l’oublie un peu trop facilement, le régime chinois est un système totalitaire où l’économie se libéralise certes, mais, comme le iiie Reich, c’est un État totalitaire. Il tolère donc mal les libertés qu’autorise un régime d’autonomie d’inspiration religieuse car cela pourrait servir de précédent aux Ouïgours (musulmans) du Xinjiang, d’autant que ces derniers risqueraient d’être soutenus par les républiques-sœurs, turcophones et musulmanes, d’Asie centrale. De surcroît le mao-marxisme est antireligieux et admet difficilement le système tibétain où le pouvoir est partagé entre des « prêtres » 
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