Dans une société qui pousse l’homme à « travailler plus pour gagner plus » et qui ne cesse de prôner la « valeur travail », il est bon de faire un point sur ce que propose l’Église. Quel sens donner au travail ? Et quelle alternative pour l’homme sans emploi ?
Si le travail est souvent envisagé, à tort, comme la triste conséquence du péché originel, il a une autre face qu’il ne faut pas omettre. Le travail comme composante de notre nature. « Le travail n’est pas une peine mais la collaboration de l’homme et de la femme avec Dieu dans le perfectionnement de la création visible » (CEC n°378). Dieu, en créant l’homme à son image, veut le faire participer à la création. Ainsi, il donne à Adam et Ève un double commandement : « Soyez féconds. Emplissez la terre et soumettez-la » (Gn 1, 27-28). L’action de l’homme est par conséquent destinée à parfaire la création, il trouve dans le travail un remède à l’oisiveté et répond à sa vocation de « co-créateur ». Après la chute originelle, l’homme a besoin du travail pour vivre : « Tu mangeras ton pain à la sueur de ton front » (Gn 3, 19). Le travail devient alors pénible et demande efforts et souffrances. Cependant il reste indispensable à l’homme pour s’accomplir : l’homme en a besoin pour nourrir son corps mais aussi son âme. Le travail fait partie intégrante de la nature humaine, lui retirer cet exercice porterait atteinte à l’équilibre de sa vie.
Dans le Nouveau Testament, le travail est une notion qui revient sans cesse, Jésus n’a-t-il pas lui-même travaillé jusqu’à l’âge de trente ans, comme charpentier à Nazareth ? Dans les Évangiles, chacun, à son niveau, peut travailler et faire fructifier ses talents mais ce travail doit se faire sous le regard de Dieu : « Travaillez pour le Seigneur et non pour les hommes » (Col 3, 23).
Malheureusement nombreux sont ceux qui réduisent le travail au simple accomplissement du devoir d’état. Le travail n’est pas seulement un devoir, c’est l’instrument qui permet à l’homme de se réaliser en vérité, c’est le moyen le plus sûr d’expérimenter sa liberté. Ainsi saint Benoît choisit pour devise de son Ordre : « Ora et Labora » ; le moine dans son monastère s’accomplit pleinement par la prière et le travail. « Ainsi, mes frères bien-aimés, soyez fermes, inébranlables, travaillant de plus en plus à l’œuvre du Seigneur, sachant que votre travail n’est pas vain dans le Seigneur », rappelle saint Paul dans son épître (1 Co 15, 58).
Cependant, actuellement, l’évolution du monde entraîne le développement économique et social à valoriser de plus en plus le travail, en dehors du contexte chrétien, ce qui le conduit aux dérives ultra-libérales et marxistes qui font du travail une notion exclusivement économique.
Enseignement de l’Église
C’est d’abord contre ces deux matérialismes que va commencer à s’édifier une réflexion des papes qu’on appelle aujourd’hui Doctrine sociale de l’Église. L’Église aborde essentiellement la question du travail sous trois aspects : son caractère personnel, son caractère social et son caractère spirituel.
Le caractère personnel du travail se découvre dans la conscience que prend l’homme de sa propre responsabilité et de sa propre dignité. Le travail procède de l’intelligence et de la volonté et, par là, il permet à la personnalité de se perfectionner. Léon XIII, dans un discours prononcé peu avant la publication de Rerum Novarum, première « encyclique sociale », déclare : « l’Église […] par la prédication des doctrines dont elle est la fidèle dépositaire ennoblit le travail en l’élevant à la hauteur de dignité et de liberté humaines ; elle l’a rendu méritoire devant Dieu, en apprenant à l’ouvrier à se sanctifier par des vues surnaturelles, et à supporter avec résignation et en esprit de pénitence les privations et les fatigues qu’il lui impose » (Grande est la joie, 18 octobre 1887). En effet, c’est en