Né en 1959, Mgr Pascal N’Koué est évêque de Natitingou au nord du Bénin. Nous l’avons rencontré à Rome lors du dernier colloque du CIEL. Il nous parle ici de l’Église en Afrique, de l’inculturation et de liturgie. Un langage fort et vrai qui fait du bien à entendre.
La Nef – Quelle est la situation de l’Église au Bénin et en Afrique ?
Mgr Pascal N’Koué – Il est difficile de parler de l’Église au Bénin d’une manière globale. En effet, l’évangélisation s’est effectuée en deux temps. Si le sud a reçu les missionnaires relativement tôt, dès 1861, c’est seulement en 1941 qu’un prêtre, Joseph Huchet, sma, s’est installé à Natitingou. Il venait de Dassa, 350 km à vélo ! Alors qu’on peut parler d’un certain christianisme de masse au sud – à Cotonou, les paroisses ne désemplissent pas –, au nord, en beaucoup d’endroits, nous en sommes encore à la première évangélisation. Les catéchumènes, pour la plupart, surtout dans les villages, ne sont pas issus de parents chrétiens. Cependant, on note une bonne progression et nous devons partout élargir les églises ou en construire de nouvelles. Les premiers missionnaires avaient vu un peu juste ! Présentement, le vent de l’Esprit souffle fort. Et j’ai l’habitude de dire que nous sommes à l’âge d’or de notre évangélisation. C’est général en Afrique. N’est-ce pas le continent qui donne le plus de baptisés à l’Église en ce moment ?
Comment se pose le problème des vocations en Afrique ? Quelle est aujourd’hui la part du clergé africain dans l’Église d’Afrique ?
Avant de répondre, je dirais que la question est mal posée. L’Afrique est aussi diversifiée sinon davantage que l’Europe. Comment parler ensemble de l’Église en Finlande et en Espagne ? Il en va de même pour l’Afrique. Au Bénin, il est vrai qu’aujourd’hui, nous pouvons rendre grâce pour le don de vocations nombreuses de prêtres comme de religieuses. Nous pensons à la construction d’un troisième grand séminaire dans ce petit pays d’environ 1 500 000 chrétiens mais avec plus de 500 séminaristes. La préoccupation des évêques ne consiste pas à chercher à remplir les séminaires mais plutôt à élargir les murs trop exigus pour le nombre de candidats. Et pourtant le discernement est rigoureux. Chaque année, surtout pour les diocèses du sud, les promotions d’ordinands sont importantes. À Natitingou même, nous avons eu déjà quatre ordinations depuis le début de l’année… Alors que le clergé européen se raréfie dans mon diocèse, le clergé africain prend la relève. Mais l’équilibre demeure fragile et le nombre des ordinations, dans le Nord-Bénin, compense à grand-peine les départs. Plusieurs paroisses où des missionnaires étaient résidents sont encore dans l’attente de prêtres. De plus, les communautés chrétiennes de base se multiplient. Le nombre d’habitants aussi. Il ne faut donc pas croire que le clergé africain va pouvoir combler en Europe le vide laissé par la crise des vocations. En outre, la vague de sécularisation qui a frappé l’Occident nous menace. Les messages et les images nocives des médias ne nous aident pas. Le relativisme éthique et spirituel est présent et risque de produire les mêmes fruits amers, comme la baisse des vocations, en particulier dans les villes et les milieux favorisés gagnés par le consumérisme.
Quels sont les principaux obstacles à l’évangélisation en Afrique ? L’islam et le protestantisme se développent-ils en Afrique ?
Là encore, votre question est trop globale. Pour ce qui est du Bénin, l’Islam est influent dans le diocèse voisin de Djougou. Par contre, il n’a guère pénétré profondément les populations de l’Atacora qui lui sont, pour une bonne part, plutôt réfractaires. Par ailleurs, c’est un Islam tolérant, sa présence stimule plutôt les communautés chrétiennes à mieux vivre leur foi. On a même vu un chef de village musulman, à Tobré, réclamer qu’on envoie des prêtres chez lui après 5 années où la