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Laïcité : voir ou ne pas voir ?

M. l'abbé Michel Viot

Source : La Nef N°297 de novembre 2017
En matière d’islam, c’est avec une grande lâcheté que sont abordés par nos concitoyens les problèmes posés par son implantation et son développement en Occident. Le « défi posé par l’islam » à la « laïcité en France », pour reprendre les termes du dossier de La Nef (octobre 2017), dépasse le cadre justement posé par Annie Laurent d’une religion totalisante, « apte à engendrer des systèmes totalitaires ». C’est tout un jeu pervers et complice de nos sociétés, gouvernées par les idéologies issues des Lumières, avec l’islam qu’il faut dénoncer.
En ce domaine, on n’épargnera ni la société civile, ni l’Église. Dans la première, les islamo-compatibles partagent en effet avec les islamophobes fanatiques le souci de ne pas voir abordés au fond les problèmes posés par l’islam, au risque de perdre leurs illusions irénistes ou leurs chevaux de bataille. Tandis que dans l'Église, depuis que les autruches de bénitier ont remplacé les grenouilles, il convient de tout sacrifier au nom d’un certain « dialogue » qui est devenu sa propre fin. Ce qui confine au même aveuglement.

LA MENACE DE L’ISLAM
L’aveuglement est aussi ce qui caractérise l’action de l’État, puisque la loi de 1905 lui interdit de considérer en face le fait religieux. Depuis le principat de François Hollande, et la feuille de route tracée pour lui par le GODF (1), on est revenu à l’état d’esprit borné de ses concepteurs. Aveugle volontaire aux questions d’islam, l’État regarde ailleurs et laisse l’islam se développer, comme lorsqu’il fait encadrer par sa police les prières de rue vindicatives de musulmans de Clichy, déclamant en arabe de réels appels au meurtre (2) ! Appels inattaquables puisque relevant du « religieux » ! Tant que cette loi ne sera pas réécrite, l’autorité atrophiée du pouvoir laïque le placera d’emblée en état d'infériorité vis-à-vis d’un système de pensée qui ne peut concevoir la distinction du religieux et du politique. Bien sûr, ce dernier doit être laïque, mais au sens d’une neutralité responsable : l’État doit pouvoir intervenir dans le religieux au nom du bien commun et de l'ordre public.
Or, c'est maintenant une évidence : l'islam, ne serait-ce que par ses islamistes, constitue une menace grave pour la paix civile et religieuse. Il y va de l'intérêt de tous, y compris de nos compatriotes musulmans : nombre d’entre eux n'ont aucune envie de subir la charia comme loi civile et religieuse, mais peuvent de moins en moins s’y opposer. Un traitement particulier doit donc être réservé à l’islam. Il existe même en la matière un précédent « républicain », certes bien malheureux : l’État colonial avait su, en effet, réserver à l’islam algérien un régime dérogatoire à la loi de 1905, pour l’administrer directement. Il s’agissait alors de manipuler une religion utilitaire, jugée comme spécialement propice au contrôle de la société civile depuis les philosophes des Lumières. On faisait miroiter aux élites musulmanes la perspective d’une ascension sociale dans la République tout comme celle d’une avancée dans le sens du Progrès – depuis la marche la plus basse de l’âge « obscur » des religions jusqu’à celle du Grand Œuvre ! Cet « islam de France » avant l’heure s’en vit renforcé, que ce soit par les moyens directs que lui allouait l’État ou par les réactions de radicalisation ainsi déclenchées, jusqu’au combat indépendantiste !

UN ORGANISME REPRÉSENTATIF ?

Les mêmes logiques sont à l’œuvre aujourd’hui. L’État doit donc agir avec discernement. « L’islam de France » coproduit entre « mécréants » et musulmans est aussi chimérique aujourd’hui qu’il y a un siècle, et déclenche la même réaction de rejet et de réislamisation. Il n’en est que plus impératif de constituer un organisme réellement représentatif des musulmans de France – on en est fort loin aujourd’hui – à même de se prononcer, entre autres, sur la priorité de la fraternité nationale sur 
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