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Le besoin de l'amour

Entretien avec Jean Vanier

Vanier Jean


Source : La Nef n°209 de novembre 2009
Jean Vanier a fondé l’Arche en 1964 et Foi et Lumière avec Marie-Hélène Mathieu en 1971. Il nous parle ici de l’Arche et de la richesse de la rencontre avec la personne handicapée.

La Nef – Pourriez-vous d’abord nous dire un petit mot de votre propre itinéraire ?
Jean Vanier – Je suis né en Suisse mais je suis d’origine canadienne. Mon père était diplomate, en poste en France en 1939-40. En 42, quand j’avais 13 ans, je voulais rentrer dans la Marine de guerre anglaise, dans l’école des futurs officiers. Cela voulait dire traverser l’Atlantique et la guerre faisait rage sur l’Océan. Mon père m’a dit : « J’ai confiance en toi. Si c’est ce que tu désires, vas-y. » Je crois que c’est à partir de là que je suis devenu adulte. Chaque être humain doit trouver quelqu’un qui lui dise : « J’ai confiance en toi ». J’ai donc passé huit années dans la Marine, mon dernier bateau était un porte-avions canadien. Et après, je suis parti pour suivre Jésus.
Je suis venu en France pour vivre dans une communauté fondée par le père Thomas Philippe. Après quelques années, j’ai été obligé de partir et j’ai fait un doctorat en philosophie sur Aristote, à l’Institut catholique. Puis j’ai commencé à enseigner la philosophie à l’université de Toronto. C’est à ce moment-là que le père Thomas est devenu aumônier du Val Fleury, une maison qui recueillait une trentaine de personnes avec un handicap. Je suis venu le voir. Il disait : « Pour comprendre l’être humain et notre société, il faut rencontrer les gens marginalisés, écartés de la société ». En 1964, j’ai accueilli deux personnes handicapées chez moi. L’Arche était née. À cette époque, les personnes avec un handicap étaient très rejetées, enfermées dans leurs familles ou des institutions ou dans des hôpitaux psychiatriques. C’était aussi l’époque de Martin Luther King qui disait que Dieu était venu pour chaque être humain. Il m’est donc paru évident d’aider ces deux personnes. L’Arche est partie de cette petite communauté : on mangeait ensemble, travaillait ensemble, grandissait ensemble. Un an plus tard, on m’a demandé de reprendre en main la maison du Val Fleury. Au début c’était dur de vivre avec des personnes handicapées. Et puis j’étais assez seul. Il y avait beaucoup de violence. Puis on est venu m’aider et la communauté s’est agrandie. On a acheté d’autres maisons avec toujours cette vision de vivre dans de petites communautés comme des frères et sœurs. On voulait leur offrir une vie profondément humaine inspirée de l’Évangile, leur montrer qu’elles étaient aimées.
L’Arche n’accueille que les
personnes avec un handicap mental : pourquoi ?
Le Val Fleury fonctionnait comme ça, je n’ai rien changé. Ce qui m’a touché, c’est que les personnes qui ont un handicap mental ont un besoin inaltérable de relation. Leur principal souci est de savoir si on les aime.
Le regard sur la personne
handicapée a-t-il changé
aujourd’hui ?
Oui et non. Quelque chose s’est passé après la guerre. Après Auschwitz et Hiroshima, il y a eu la prise de conscience que chaque personne était importante. On a réalisé que les personnes avec un handicap étaient des êtres humains à part entière. Avant, on les enfermait sans complexe, ou on les laissait aux religieux. D’un côté il y a donc un progrès, avec la création des écoles spécialisées, des lois concernant les personnes handicapées. Mais la peur demeure. On est dans une société de compétition qui vénère la perfection physique, où l’on admire les forts et où l’on met de côté les faibles qu’on ne veut pas voir. Cette société a de plus perdu le sens de la famille. C’est cette peur qui conduit à l’avortement et au rejet du handicap. Dans notre communauté, tous les ans nous avons 150 jeunes d’écoles professionnelles qui viennent ici pour passer une journée avec les personnes handicapées. À la fin on leur demande de rédiger une évaluation. Tous disent avoir eu très peur de 
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