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Le capitaine Cochet

Contre Culture

Jacques de Guillebon

Source :La Nef n°210 de décembre 2009
Les écolos, c’est comme les chasseurs, même si c’est un tout petit peu plus compliqué. Il y a en effet le bon et le mauvais écolo. Le bon écolo, c’est Benoît XVI, mon ami Falk van Gaver, ou les partisans conséquemment chrétiens de la décroissance. Le mauvais écolo, c’est le gros rouquin dont le nom empuantit les pages de l’actualité depuis 68 et qui a pour seul point commun avec Benoît XVI ou mon ami Falk d’être un peu allemand.

Le bon écolo parle de l’amour de la Création en général, la redéployant dans son ordonnancement intégral, sans imaginer que le sort du rat d’égout ait une mesure égale avec la destinée de l’homme. Il se souvient de la douce parole évangélique sur le lys des champs ou les oiseaux du ciel, qui ne filent ni ne tissent, qui ne travaillent ni ne mettent de côté et pourtant ont une robe plus belle que Salomon et font des festins plus succulents que nos gouvernants au Fouquet’s. Mais il se rappelle aussi que malgré tout, par grâce, nous valons beaucoup plus que ces moineaux. Bref, ce bon écolo défend une écologie humaine, intégraliste, cohérente, aimante, restauratrice, en un mot chrétienne.

Quant au mauvais écolo, il est comme Nicolas Hulot, un jour aventurier de l’extrême, le lendemain défenseur de la mesure. Il est comme Arthus-Bertrand dans son aéroplane ou le clown américain à bord de la station spatiale internationale qui brûlent des litres de kérosène pour non seulement éveiller nos esprits ramollis à la beauté du monde qu’ils sont en train de saccager du même mouvement, mais encore nous procurer mauvaise conscience parce qu’on a utilisé un sac plastique la dernière fois qu’on est allé faire nos courses chez Carrefour comme des salauds de pauvres alors qu’on aurait très bien pu occuper notre temps libre à remplir leur compte en banque en admirant leurs exploits d’aigrefins volants.

Mais le plus grave, c’est qu’il existe de surcroît le très mauvais écolo. Celui-là est mauvais à un point que vous ne pouvez pas imaginer. En général, il s’appelle Yves Cochet. C’est une variété de député Vert qui, parce qu’il a fait un peu de maths dans sa jeunesse, croit pouvoir vous expliquer la vie par une règle de trois. Aussi rusé sur la question démographique que Claude Allègre sur le problème du réchauffement climatique. En fait, c’est le Capitaine Crochet qui, parce qu’il a enlevé une lettre à son nom, croit qu’on ne va pas le reconnaître. Il s’était camouflé tel le père de Lili la tigresse, mais moi, j’ai bien vu que c’était lui à ceci que son principal problème, c’est qu’il n’aime pas les enfants. Forcément, si vous n’avez pas revu récemment Peter Pan, vous ne pouvez pas comprendre de quoi je parle. C’est le premier avantage d’avoir des enfants qu’ignore notre pirate de pacotille.

Figurez-vous donc que ce benêt de premier ordre qui n’a décidément rien d’autre à faire que des calculs imbéciles (où va l’argent du contribuable ? Je vous le demande) s’était préoccupé dans un premier temps de s’apercevoir qu’un enfant occidental (un riche ou un pauvre ? de l’est ou de l’ouest ? l’histoire ne le dit pas) avait, je cite, « un coût écologique comparable à 620 trajets Paris-New York ». Là, vous pas bêtes, vous vous dites devant le résultat crucial de cette équation qui ferait rougir Thalès de Millet : palsambleu, supprimons les 620 vols Paris-New York ! Et lui, très con, de répondre : que non, supprimons les enfants occidentaux !

Je sais, dit comme ça, de manière assez peu élégante de surcroît, on peine à y croire. Alors que non seulement c’est vrai, mais qu’en plus il récidive. Il ose tout le Capitaine Cochet, c’est même à ça qu’on le reconnaît : il tient pour la « grève du troisième ventre » ! C’est-à-dire qu’il prône, pas loin du regrettable successeur du Grand Timonier, que l’on supprime les allocations des lapins occidentaux qui auraient commis la scélératesse de se reproduire trois fois. Vous, je ne sais pas, mais autant vous 
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