Comme la plupart des ordres religieux, le Carmel n’a pas échappé à la crise.
Certains monastères, cependant, restés fidèles aux constitutions de sainte Thérèse d’Avila, se portent mieux que d’autres. C’est le cas du Carmel d’Alençon, ville natale
de sainte Thérèse de Lisieux. Entretien avec la Mère supérieure.
La Nef – Pourriez-vous d’abord nous dire quelques mots sur l’origine et l’histoire du Carmel d’Alençon et où il en est aujourd’hui ?
Mère Marie-Catherine de la Trinité – Il y a eu deux carmels à Alençon. Le premier exista de 1780 à 1792 grâce à Madame Louise de France, Prieure du Carmel de Saint-Denis. Les carmélites furent dispersées pendant la tourmente révolutionnaire.
En 1888, le Carmel du Mans envoya six sœurs pour réaliser une deuxième fondation à l’instigation du Chanoine Lebouc et de ses deux sœurs.
Nous sommes actuellement treize. Outre le temps passé au chœur (6 à 7 heures) et les tâches domestiques ordinaires, notre artisanat principal est la confection de santons et d’Enfants-Jésus en cire : artisanat typiquement carmélitain. Sainte Thérèse d’Avila emportait toujours une statue de l’Enfant-Jésus dans ses fondations : Il est Roi au Carmel. Il montre le visage du Père venant à nous comme un enfant et nous apprend à retourner au Père en enfant.
Quel est l’apport spécifique du Carmel parmi les ordres contemplatifs féminins ?
L’Ordre de la Bienheureuse Vierge Marie du Mont-Carmel a été institué pour honorer la Mère de Dieu. Un adage ancien le définit : « le Carmel est tout entier de Marie ». Sans l’amour de Marie, le Carmel cesserait d’être le Carmel, à cet amour Marie a répondu en remettant le Scapulaire à saint Simon Stock (Général de l’Ordre) en 1251.
C’est l’âme pleine d’amour pour Marie, que notre Mère sainte Thérèse entreprit sa réforme au XVIe siècle dont elle a clairement expliqué le but et les moyens, le principal étant l’oraison. Elle nous dit : « Je vous demande de vous efforcer d’être telles que nous méritions d’obtenir de Dieu deux choses. La première est que, parmi les innombrables théologiens qui nous entourent, beaucoup aient les qualités nécessaires à leur état et, s’ils ne les ont pas toutes, que le Seigneur les leur donne. La seconde, qu’une fois engagés dans cette mêlée qui n’est pas petite, le Seigneur les soutienne de sa main afin qu’ils sachent se libérer des périls du monde et se bouchent les oreilles au chant des sirènes sur cette mer périlleuse. Si, sur ce point, nous pouvons obtenir quelque chose de Dieu, dans notre clôture nous combattons pour Lui. Si vous n’offrez pas vos oraisons, vos vœux, vos disciplines et vos jeûnes pour ce but que je vous ai dit (la Sainte Église et sa hiérarchie), soyez sûres et pensez bien que vous ne faites pas ce que vous devez, que vous n’accomplissez pas les fins pour lesquelles le Seigneur vous a réunies en ce lieu ».
L’apport spécifique est tout simple : les âmes se perdent, soutenons les théologiens et les prêtres pour qu’ils soient de bons pêcheurs d’hommes. C’est exactement ce que disait sainte Thérèse d’Alençon : « Je suis venue au Carmel pour sauver les âmes et surtout afin de prier pour les prêtres ».
Bien des communautés ont fait naufrage après le Concile, comment avez-vous surmonté ces temps troublés ?
Dans la tempête, il reste toujours la boussole infaillible : le pape ! Dans les années après le Concile, tout le monde était désorienté ; beaucoup se croyaient « inspirés d’En-Haut ». Nous nous accrochions au pape strictement.
Pour la liturgie, nous n’avons pas suivi nos préférences. Nous avons écouté le successeur de saint Pierre, quoi qu’il en coûte et il en a coûté justement en raison de ceux qui se croyaient « inspirés ».
Nous avons eu cette grâce de n’avoir eu comme prédicateurs de retraite que des théologiens