On parle beaucoup aujourd’hui du couple franco-allemand et certains mettent en cause les récentes distorsions économiques. On oublie tout simplement que cette distorsion est née vers les années 1880. En 1875, les industries françaises et allemandes sont à des niveaux comparables. En 1913, l’industrie allemande pèse deux fois l’industrie française. C’est la conséquence de la sous-industrialisation française due au malthusianisme de la IIIe République. La Grande guerre verra une puissante industrialisation de l’économie française, mais on n’en tire pas les conséquences après 1919 et surtout après 1929.
Ce n’est qu’après 1940 au lendemain d’une défaite dramatique, que les jeunes technocrates de Vichy (Barnaud, Berthelot, Bouthillier, Lehideux) ou de la Résistance (Debré, Hirsch, Jean Monnet, Lapercq, Laroque, Mendès-France) lancent une politique de réindustrialisation de notre pays qui portera ses fruits, soutenus qu’ils sont par l’opinion française tout entière. En 1959, industrie française et industrie allemande sont à un niveau à peu près comparable et pèsent d’un poids égal dans l’Europe des Six.
Mais le rapprochement franco-allemand ne naîtra vraiment qu’avec le général de Gaulle (traité de l’Élysée, janvier 1963). Il faut toutefois être conscient que ce traité n’est que la conséquence de l’échec du plan Fouchet et qu’il n’est accepté par les Allemands qu’avec beaucoup de réticence, ce que souligne l’adoption du préambule voté par le Bundestag. Mais à cette époque, l’Allemagne a encore besoin de la France pour ne pas demeurer le nain diplomatique de l’Europe.
Dès 1969, le couple franco-allemand joue les vieux ménages. Georges Pompidou rapproche la France de la Grande-Bretagne et cherche à renforcer nos liens avec l’Union soviétique. Willy Brandt, s’appuyant sur les social-démocraties scandinaves et autrichienne, cherche à constituer une Europe neutralisée comme le propose le projet polonais du ministre Tapacki. Cela déplaît à Moscou et c’est une raison de l’affaire Guillaume, qui pousse Brandt à la démission.
Dès ce moment, l’industrie française soutenue par les politiques de Debré et de Pompidou, est déjà surpassée par l’industrie allemande. La désindustrialisation française accélère dans la réalité ses distorsions avec l’industrie allemande. La réunification risque d’aggraver les disparités entre les deux États. L’économie de la RDA est mal gérée mais elle présente d’énormes potentialités dont on peut penser qu’elles seront mises en valeur par la RFA. C’est bien pourquoi, en décembre 1989, François Mitterrand fait à Leipzig l’éloge de la RDA, puis tente d’obtenir de Gorbatchev lors d’une rencontre à Kiev un veto à la réunification. Pour se faire pardonner, Mitterrand cédera à l’Allemagne sur tous les points litigieux de la politique européenne, ce sera le traité de Maastricht de 1992, et la mise en place de la BCE. De 1992 à aujourd’hui, l’Allemagne a presque fini de reconstruire sa partie orientale et devient de plus en plus puissante, d’autant que le patronat allemand peut compter sur la compréhension du syndicat ouvrier, le DGB. De 2000 à 2009, le salaire réel en Allemagne a augmenté de 11 % et de 31 % en France.
Depuis vingt ans, la France a pratiqué une politique fondée sur la consommation. Jusqu’en 2007, elle n’a pas de vision globale et les politiques industrielles se heurtent à l’opposition d’une classe ouvrière encore animée par l’idée de la lutte des classes. Depuis vingt ans, tous nos gouvernements, pour ne pas affronter les politiques syndicales et pour ne pas faire de peine à l’intelligentsia gauchisante, ont cédé devant les revendications et admis d’endetter la France dans des proportions considérables. Il est vrai qu’en Allemagne, la classe ouvrière contribue à cogérer l’économie et accepte des sacrifices tandis que l’État a tout à la fois une vision globale du développement économique et social (comment aurait réagi l’opinion française devant le plan de rigueur du chancelier