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le drame du généricide

Chronique vie

Source :La Nef n°214 d'Avril 2010
La Chine et l’Inde sont les pays les plus touchés par l’avortement sélectif des fœtus féminins. L’ampleur du déséquilibre démographique est telle que l’on parle d’un « généricide » pouvant déstabiliser la société.

D’après un travail de l’Académie des sciences sociales de Pékin, le ratio des naissances est aujourd’hui de 124 garçons pour 100 filles (107 pour 100 au début des années 80) avec des pointes à 130 dans les campagnes chinoises. N’y dit-on pas encore qu’« élever une fille, c’est cultiver le champ d’un autre » (1) ? Le poids de Confucius et de 5000 ans de traditions ancestrales demeurent : le garçon assure le prestige de la lignée familiale et la transmission du patrimoine. Les parents sont d’autant moins enclins à garder une fille que le dogme de l’enfant unique est entré en vigueur en 1979. Le développement des techniques à ultrasons, disponibles dans n’importe quelle ville chinoise de taille moyenne, n’est pas étranger au phénomène. Bien que cela soit strictement interdit, quelques centaines de yuans suffisent à forcer un médecin à révéler aux parents le sexe de l’enfant. Dans les zones rurales où les appareils échographiques ne sont pas encore arrivés, l’infanticide par noyade reste la règle. « Les avortements sont une forme de contraception très ancienne, il n’y a pas vraiment de morale religieuse à ce sujet. Déjà on ne considère pas un nourrisson comme un être humain. Se débarrasser d’un bébé avant la naissance ne choque pas. Un avortement est presque un acte patriotique », explique Lijia Zhang, journaliste célèbre dans son pays (2). Résultat : il manque 60 millions de femmes dans l’Empire du milieu. Même constat en Inde où l’échographie fait également des ravages. De l’autre côté de l’Himalaya, c’est le fardeau de dots faramineuses que les parents doivent verser lors du mariage d’une fille qui explique la sélection des sexes, toujours plus vivace dans les classes moyennes et urbaines indiennes : « Dépenser 5000 roupies (80 euros) maintenant vous évitera 500 000 roupies (8000 euros) dans 20 ans » proclame la publicité d’un groupe de cliniques privées (3). Les chercheurs n’hésitent plus à parler de « gendercide » ou « généricide » pour qualifier ce massacre qui touche les riches et les pauvres, les personnes instruites ou non, les Hindous, Musulmans et Confucéens (4).

En raison des difficultés croissantes pour les hommes à trouver l’âme sœur, c’est la stabilité même de la société qui est en jeu. Depuis peu, la police chinoise a fort à faire avec l’explosion du trafic de femmes birmanes, vietnamiennes ou nord-coréennes revendues à des paysans chinois. Des centaines de milliers de jeunes hommes désœuvrés « susceptibles de s’engager dans des activités à risque, violentes ou illégales », font craindre une recrudescence de la délinquance. « Quand un homme n’a ni frère, ni sœur, ni oncle, ni tante, ni femme, ni enfant, la pression sociale qui s’exerce sur lui est terrible », résume La Croix dans un dossier spécial consacré à la question. Dans un pays où le système de retraite est balbutiant, c’est un drame humain sans précédent qui se prépare, car les millions d’hommes chinois qui seront dans l’impossibilité de fonder une famille ne bénéficieront d’aucun soutien affectif ou matériel dans leurs vieux jours.

Au-delà de ces maux sociaux, c’est un scénario démographique catastrophique qu’appréhendent par-dessus tout les autorités chinoises. Spécialiste de démographie à l’Université du Peuple, le professeur Baochang Gu est formel : « Au milieu de ce siècle, si rien ne change, la Chine aura la population la plus vieille du monde. Nous aurons 100 millions de personnes de plus de 80 ans ! » Les plus de 65 ans représenteront en 2050 25 % de la population contre 8 % aujourd’hui. De quoi donner des sueurs froides au gouvernement actuel qui débat des grandes orientations du 12e plan quinquennal (2011-2015). Faut-il desserrer l’étau de la politique de l’enfant 
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