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«Le droit à vivre sa mort»

Source :La Nef n°215 de mai 2010
Mgr Jacques Suaudeau, médecin, chirurgien avant de devenir prêtre en 1985, est directeur scientifique de l’Académie pontificale pour la Vie, fondée par Jean-Paul II en 1994 à l’initiative du professeur Jérôme Lejeune. Après avoir longuement abordé le drame de l’avortement le mois dernier, Mgr Suaudeau examine dans la seconde partie de cet entretien le sida, la procréation médicalement assistée et l’euthanasie.

Sida et préservatif

La Nef – Les propos de Benoît XVI sur le préservatif et le sida, l’an dernier, ont déclenché une tempête mondiale : pourriez-vous préciser la position de l’Église sur cette question ?


Mgr Jacques Suaudeau – La polémique déclenchée à propos du préservatif contre le Saint-Père était une manœuvre délibérée, sans rapport avec la visite pastorale que Benoît XVI entreprenait en Afrique.

Contrairement à ce qui se dit depuis des années à propos de la prévention de l’infection du sida, l’efficacité du préservatif dans cette prévention est discutable. On sait que le préservatif est une mauvaise barrière contraceptive, avec des taux d’échec de 15 %, ce qui est inacceptable, et l’on voudrait que, incapable d’empêcher le passage de tous les spermatozoïdes, ce même préservatif, par miracle, arrête à tous coups le virus du sida. Ce raisonnement est plutôt ingénu. Les études nombreuses qui ont été faites depuis des années concernant l’efficacité du préservatif dans la lutte contre la transmission sexuelle du sida ont montré, de fait, que cette efficacité n’était que relative et dépendait beaucoup du savoir faire des opérateurs... et du calme relatif de leur activité sexuelle. Si le préservatif est effectif pour stopper le sida quand il est correctement utilisé (usage parfait), cette effectivité décroît rapidement lorsqu’il est utilisé de façon moins correcte, ce qui correspond à l’usage courant.

Plus efficace est alors la mise en jeu d’une trithérapie (association de trois agents antirétroviraux) dite « préventive ». On sait que c’est une telle trithérapie qui, mise en œuvre à titre curatif dans les pays développés après 1995 a stoppé dans ces pays la progression de l’épidémie du sida. Dans les pays de l’Afrique subsaharienne, la difficulté de la prévention du sida par le seul usage du préservatif s’accroît encore davantage du fait que le préservatif reste très peu utilisé dans ces pays pour des raisons culturelles, du fait qu’il est en général utilisé incorrectement, et parce qu’il se fragilise en climat tropical. Le facteur majeur qui rend compte de la gravité de l’épidémie dans ces pays n’est pas l’usage ou non du préservatif – qui n’a guère d’influence dans les statistiques – mais le multipartenariat sexuel, très enraciné culturellement. Une simple réduction dans ce multipartenariat, et un retard mis par les adolescents dans les premières expériences sexuelles a eu en Ouganda, Kenya et Zimbabwe beaucoup plus d’influence pour réduire la transmission sexuelle du sida que toutes les campagnes de promotion du préservatif. À la limite d’ailleurs, le préservatif pourrait dans ces conditions avoir l’effet pervers qui s’est rencontré par exemple, avec les ceintures de sécurité, dans les voitures : le sujet se croyant « protégé » court plus de risques.

Toutes ces considérations, de toute façon, n’entrent que peu dans la position qu’a l’Église face à l’épidémie du sida.

Il faut d’abord rappeler que l’Église est en première ligne dans la lutte contre ce fléau, en Afrique, puisque c’est elle qui a en charge les malades du sida, dans ses hôpitaux, dispensaires et centres de consultation. Lorsque l’Église a été amenée à prendre la parole sur la question de la prévention de cette maladie sexuellement transmise – donc évitable humainement –, elle l’a fait d’abord pour ses propres enfants, en leur rappelant que le lieu d’une sexualité honnête et pleinement accomplie était le mariage. Ce n’est qu’indirectement qu’elle a abordé la 
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