S’il fallait désigner un seul nom pour illustrer la doctrine du gender, ce serait assurément celui de la philosophe américaine Judith Butler qui viendrait immédiatement à l’esprit. L’ouvrage qu’elle a publié aux États-Unis en 1990 – Gender Trouble : Feminism and the subversion of Identity – demeure le modèle incontournable des programmes universitaires anglo-saxons sur la question (1). Toutefois, cette théorie n’aurait pu acquérir l’influence qu’elle exerce aujourd’hui dans les enceintes politiques, juridiques et éthiques mondiales sans la tenue en 1995 de la Conférence des Nations Unies de Pékin sur la femme qui en a fait le cadre porteur d’une société nouvelle enfin débarrassée de ses archaïsmes moraux et religieux, spécialement chrétiens.
Derrière le concept de gender se cache une idéologie qui nie la différence sexuelle et la complémentarité naturelle entre l’homme et la femme. Le mot sexe qui renvoie trop à une détermination objective et naturelle est remplacé par celui de genre, signifiant que les rôles de la femme et de l’homme sont des constructions socioculturelles purement arbitraires qu’il est légitime de défaire.
La maternité ne saurait être une caractéristique liée à l’identité de la femme. L’amour maternel n’est pas plus inscrit dans sa nature que sa capacité à accueillir la vie ne saurait structurer sa personnalité, il s’agit de stéréotypes imposés par une culture donnée dont il faut s’affranchir. Pour cela, la procréation doit être radicalement désolidarisée de la sexualité. De fait, c’est la théorie du gender qui a permis de forger le concept de santé reproductive, qui lui est postérieur dans la novlangue onusienne. Les droits à la contraception, à l’avortement, à la reproduction artificielle, aux mères porteuses sont les nouveaux impératifs de la révolution anthropologique en cours, ceux qui permettront à la femme d’exercer un pouvoir effectif sur son corps sans lequel il n’y a pas de remise en cause possible des valeurs traditionnelles.
En poussant plus loin leur raisonnement, les militants du gender affirment que l’homme et la femme n’ont pas de dynamisme naturel qui les pousse l’un vers l’autre. Là encore, seuls les conditionnements sociaux expliquent cette soi-disant inclination. Le désir sexuel est souverain, il doit dorénavant pouvoir être orienté vers autant de partenaires souhaités, y compris du même sexe. Évidemment, en délivrant la société de sa matrice hétérosexuelle selon l’expression de Butler, on offre une audience inouïe aux revendications homosexuelles.
Pour déstabiliser les réalités fondatrices qui régissent les relations humaines, les promoteurs du gender ont fait de la subversion de l’éducation un axe majeur de leur combat. Rien de tel que de distiller leurs présupposés dans les manuels scolaires pour soustraire les petites filles à la présentation d’une image de la femme comme épouse et mère. De même, un point d’honneur doit être mis à faire comprendre aux adolescents que différentes orientations sexuelles peuvent être librement choisies, l’hétérosexualité n’ayant pas l’apanage de l’universalité. Par-dessus tout, les élites doivent être capables d’intégrer progressivement les incidences de la théorie du gender dans tous les lieux de contrôle du pouvoir.
En rendant obligatoire dès 2011 un module de gender studies, la prestigieuse école de la rue Saint-Guillaume s’inscrit dans ce mouvement de formatage des consciences des futurs cadres et dirigeants de demain. Entreprise d’autant plus redoutable que le gender est particulièrement difficile à contrer intellectuellement. Vous aurez beau accumuler des arguments fondés sur la nature et la raison, vos adversaires vous rétorqueront qu’ils ne sont que la résultante de facteurs culturels, et qu’ils vous semblent d’autant plus évidents qu’ils ont une position hégémonique dans la société. On ne saurait pour autant baisser les bras.
Experte en humanité, l’Église a pris la mesure depuis la