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Le Gouverneur Sarkozy

Chronique internationale

Paul-Marie Coûteaux

Source :La Nef n°186 d'octobre 2007
Train Paris-Châtellerault, 14 septembre 2007 – Radieux soleil sur les paysages de Touraine qui défilent à grande vitesse, agréablement traversés par un train silencieux et tranquille. Humeur par là excellente, d’autant que Le Figaro nd’aujourd’hui confirme de tant de façons ce que je prévoyais que, pour une fois, sa lecture me met en joie. Le mieux est le nouveau coup de M. Sarkozy, que j’annonçais avant-hier sur Courtoisie, grâce des indiscrétions : l’Élysée s’apprête à utiliser la prochaine réforme constitutionnelle pour supprimer l’article 88-5 faisant obligation au chef de l’État de soumettre à référendum tout futur élargissement de l’Union européenne.
Adorable Jouyet (secrétaire d’État chargé des Affaires européennes) ! Il ne l’envoie pas dire : l’obligation de référendum « risquerait de bloquer, le moment venu, le processus d’adhésion, alors même que toutes les conditions seraient par ailleurs réunies ». Il faut donc comprendre que la France ne peut risquer de désapprouver une adhésion validée par la majorité des autres membres, ce qui est déjà fait. Et le brave Jouyet d’expliquer ainsi la suppression de la voie référendaire : « elle ne connaît aucun équivalent dans d’autres États membres ». Pardi ! Alignement complet.

Le rejet du référedum


Le plus beau est que M. Jouyet ajoute benoîtement que l’initiative de Jacques Chirac, lequel fit changer la Constitution nationale, voici deux ans, pour inclure cette précaution, était à son avis « ni faite, ni à faire ». Joli toupet ! Il reste que la manœuvre réussit à merveille pour calmer les oppositions populaires à l’ouverture des négociations turques, le 3 octobre 2005 : on annonce qu’un référendum sera organisé le moment venu ; pour faire bonne mesure, on modifie la Constitution. Les esprits étant ainsi apaisés, les négociations s’ouvrent donc. Ceci fait, on supprime la précaution constitutionnelle et le tour est joué ! Passez muscade !
Et ce n’est pas tout. Ledit Jouyet ajoute que cette suppression ne fait que reprendre la sortie du candidat Sarkozy contre la formule même du référendum, quel qu’en soit le sujet. Pour qu’il n’y ait aucune ombre nulle part, Jouyet précise que la voie parlementaire fera aussi bien l’affaire. Preuve supplémentaire que nos gouvernements ont parfaitement intégré cette donnée essentielle de notre actuelle démocratie : les élus sont censés représenter le peuple même quand ils sont d’un avis contraire au sien, et sur des points essentiels. Dire que la voie parlementaire fera aussi bien l’affaire, c’est admettre comme allant de soi que le Parlement peut parfaitement dire Oui là où le peuple aurait dit Non. En somme, nous sortons gentiment de la démocratie, comme je l’annonce depuis des années. Soleil décidément radieux ; comme tout est clair !
Pour que ma joie demeure, Le Figaro annonce dans un autre article que Gordon Brown « est appelé à consulter les Anglais sur l’Europe ». Mais Gordon Brown est confronté désormais à la demande presque unanime d’un référendum, formulée à la fois par le parti conservateur, par le parti UKIP (souverainistes de l’United Kingdom Independance Party, qui obtint 18 % lors des dernières élections européennes), par la Confédération du Trade Union Congres regroupant tous les syndicats britanniques, ainsi que par une notable partie du Labour où l’on se souvient de la promesse faite par Tony Blair d’organiser un référendum dans toutes les hypothèses – à quoi s’ajoute ce fait énorme que 82 % de la population britannique le réclame aussi, selon tous les sondages.
Et ce n’est pas tout. Le même numéro du Figaro, décidément à mettre sous cadre, relate une « visite éclair de Nicolas Sarkozy » à Budapest : l’auteur de l’article, même pas signé (!), insiste sur le fait que « l’entourage » du Président de la République a demandé à ses interlocuteurs de « ne pas lui parler de ses racines hongroises. Cela pourrait l’indisposer » (sic !). Et 
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