Recherche
Lettre électronique
Pour recevoir régulièrement des nouvelles de La Nef, entrez votre courriel et validez
Mon compte
  • Accueil
  • Archives de la Nef
  • Église
  • Rome, Magistère

Le Jésus de Benoît XVI

Jacques de Guillebon

Source :La Nef n°183 de Juin 2007
Un mois après l’Italie, l’Allemagne et la Pologne, le Jésus de Nazareth de Benoît XVI est sorti en France fin mai. Un livre sur le Christ très accessible – le pape le destine aux jeunes – qui remet enfin les pendules à l’heure. Un événement éditorial certes, mais surtout religieux.

Un Jésus publié par le pape régnant, quand bien il en avait eu le projet avant que d’être élu et déjà entamé la rédaction depuis plusieurs années, l’entreprise est si peu commune qu’il semblerait même qu’elle soit unique. Mais elle correspond trop bien à ce que l’on perçoit de Joseph Ratzinger-Benoît XVI, immense théologien que l’apologétique et la pastorale ne rebutent pas, chez qui même elles prennent un sens inouï dans leur configuration nouvelle, pour demeurer en fait longtemps surprenante.
L’auteur, qui prend bien garde dans son introduction de préciser combien il ne s’exprime ici qu’en tant que simple chrétien, et que le propos n’a aucune portée magistérielle, a voulu ce livre volontairement simple, à usage pastoral, à usage général, accessible à tous, aux savants comme aux néophytes, à l’humanité en son entier finalement, l’humanité pour qui Jésus-Christ reste éternellement un mystère, qu’elle soit sage ou ignorante.
Fors l’introduction où est théorisé l’angle exégétique sous lequel Ratzinger-Benoît XVI (car c’est ainsi qu’il signe l’ouvrage) abordera Jésus, les Évangiles et le kérygme en général, l’ensemble de ce premier tome, qui va du baptême à la Transfiguration, « cherche à comprendre le chemin de Jésus sur la terre et sa prédication », c’est-à-dire à décrypter une histoire complexe, mais sans jamais pénétrer dans des querelles de spécialistes. Ni étude linguistique, ni traité descriptif, ni bréviaire psychologique ou commentaire géopolitique, ce Jésus se comprend comme une mise en lumière de la divinité du Fils telle qu’elle est révélée en continu dans les Évangiles. Et c’est cette clarté qui peut expliquer le fulgurant succès qu’a connu immédiatement le livre (1 million d’exemplaires vendus dans les quinze jours suivant sa parution en trois langues, italien, allemand et polonais…).
Mais il n’est pas inintéressant de s’attarder d’abord sur cette introduction, quand bien même elle se situe plus en amont que le reste du texte pour la compréhension de la vie de Jésus. Quoique Joseph Ratzinger prenne des gants (« J’espère que le lecteur verra clairement que ce livre n’est pas écrit contre l’exégèse moderne, qu’il témoigne au contraire d’une grande reconnaissance pour tout ce qu’elle nous a donné et continue de nous donner »), son habileté est qu’il amène ladite exégèse à considérer ses propres limites et qu’il tente de faire accepter, à travers elle, à toute la science expérimentale que quelque chose la dépasse. Cherchant à sortir enfin de la sempiternelle opposition « Jésus historique » / « Christ de la foi », l’auteur renvoie dos à dos le Christ anhistorique des siècles passés et le Christ trop historique de la science contemporaine au motif que, si la méthode historico-critique est incontournable, elle « n’épuise pas le travail d’interprétation pour ceux qui voient dans les écrits bibliques la Sainte Écriture et qui la croient inspirée par Dieu ». D’ailleurs, poursuit-il, « mon livre voit Jésus à partir de sa communion avec le Père, qui est le centre proprement dit de sa personnalité ; sans cette communion, on ne comprend rien et, grâce à elle, le Christ se rend présent à nous encore aujourd’hui ».

Appel à une plus haute raison

Qu’on n’en déduise pas une réduction de la raison ; c’est au contraire un appel à une plus grande, à une plus haute raison, qui retentit là : « Du point de vue de la théologie et de la foi dans leur essence même, explique le pape, la méthode historique est et reste une dimension indispensable du travail exégétique. Car il est essentiel pour la foi biblique qu’elle puisse se référer à des événements réellement historiques ». Et d’ailleurs, « si nous 
Page 1 sur 3 1 2 3 »