Plus de deux cents personnes sont mortes à la suite des attentats islamistes de Bombay et le monde entier s’enflamme. Mais le massacre de plusieurs milliers de chrétiens dans l’Inde du Nord-Ouest n’a guère ému les médias. Pourtant les uns comme les autres sont victimes de l’intolérance qui est aussi grande chez certains Hindous que chez les islamistes. Dans un cas comme dans l’autre, les mêmes causes – la misère, le sous-développement des masses paysannes en Inde – entraînent les mêmes effets.
Sous l’influence de Gandhi, et du musulman Ali Jinnah, l’Empire britannique des Indes fut partagé le 15 août 1947 et de nouveaux États furent créés : la Birmanie, Ceylan et le Pakistan, ce dernier rassemblant les régions où les musulmans étaient majoritaires. Le partage ne se fit pas sans difficultés, entraînant échanges de populations, conflits et massacres. Dès lors apparaissent des conflits interreligieux provoquant d’autres massacres. Les musulmans et les chrétiens en sont régulièrement victimes.
Longtemps les uns et les autres subissent en silence ces avanies souvent dramatiques, mais, depuis 2001, les musulmans se rebiffent et reçoivent le soutien des milieux islamistes du Pakistan. À la suite des massacres perpétrés contre les musulmans, est née une organisation secrète, les Moudjahidin indiens (MI) qui ont à leur actif bon nombre d’attentats. L’opération de Bombay a été trop bien montée pour que l’on puisse en accuser le MI. Les terroristes venaient du Pakistan : étaient-ce des éléments des services spéciaux pakistanais, que l’on sait plus ou moins infiltrés par Al Qaïda, un groupe proche de ce mouvement ou un groupe autonome hostile au rapprochement en cours entre l’Inde et le Pakistan ?
Pour nombre d’observateurs, l’opération aurait été organisée par un mouvement pakistanais wahabiste lié à Oussama ben Laden, le groupe djihadiste Lashkar e Taïba. Il s’agit de gêner la politique américaine dans la région, qui vise à réconcilier les deux grands États de l’Asie du Sud-Est. Or la tâche est rude. Les populations sont dans leur grande majorité hostiles à l’intégrisme musulman, mais elles le subissent en le soutenant intérieurement car le djihadisme rend sa dignité au peuple musulman humilié depuis plus de soixante-dix ans par les Occidentaux et les Indiens. Elles sont unanimes dans leur hostilité à la politique américaine qui interdit, pour le moment, le contrôle de l’Afghanistan. Les Pakistanais souhaitent empêcher l’arrivée au pouvoir des Talibans, dont les bases se situent au moins autant dans les provinces tribales quasi indépendantes du Pakistan qu’en Afghanistan.
En 2004, ces mouvements ont été interdits et obligé d’arrêter leurs actions par les services spéciaux du Pakistan. Certains d’entre eux se sont regroupés dans le Sud-Est du Pakistan, voulant amener l’armée pakistanaise à se retirer de la frontière afghane où elle lutte – au moins en apparence – contre les Talibans, pour se porter sur la frontière indienne.
Ces mouvements pakistanais proches des Talibans contribuent aussi à la politique de la terreur que subissent les populations urbaines. Si l’on en croit le journaliste Ahmed Rashid, spécialiste des Talibans, s’exprimant dans Le Nouvel Observateur, on peut s’attendre « dans les mois à venir… à un bain de sang, une attaque massive d’Al Qaïda en Afghanistan et au Pakistan », afin de démoraliser les forces de l’OTAN prêtes à envoyer des renforts. Ils « sont prêts à tout pour conserver les provinces tribales et le sud de l’Afghanistan », quitte à ouvrir de nouveaux fronts pour « distraire l’ennemi ». Bombay ne serait que la première manche de cette stratégie de diversion.
Al Qaïda n’aura guère de difficultés à recruter des volontaires pour lutter contre les Hindouistes et l’Inde. Le Pakistan est jaloux de l’Inde qui a réussi son décollage économique. Il ne faut pas négliger non plus l’impérialisme pakistanais : la sécession du Bangladesh a été un coup dur pour