Dossier spécial Motu proprio Summorum Pontificum
La question des « traditionalistes » a été traitée tardivement dans l’Église, en particulier dans l’Église en France. Certaines personnes n’ont pas compris la réforme liturgique. On ne l’a pas suffisamment expliquée et mise en œuvre avec pédagogie. Il y a eu des abus dans l’application. Dans la Lettre aux évêques qui accompagne le Motu proprio, Benoît XVI parle des « déformations de la liturgie, à la limite du supportable et je parle d’expérience… ». Ces désordres ont favorisé ou entretenu des crispations et des raidissements qui ont parfois entraîné des rejets du concile Vatican II, et conduit au schisme.
Dans son discours du 22 décembre 2005 à la Curie romaine, le pape avait opposé une herméneutique de la discontinuité et de la rupture, à une herméneutique de la réforme. Pour Benoît XVI, l’herméneutique de la réforme, c’est-à-dire du « renouveau dans la continuité », comprend « les changements voulus par le concile à l’intérieur de l’unité qui caractérise le développement historique du rite lui-même, sans introduire des ruptures artificielles ».
Le Motu proprio signe la volonté de Benoît XVI d’une réconciliation au sein de l’Église. Ce n’est ni un retour en arrière, ni une concession faite à des groupes de pression. Le pape connaît bien ce dossier. En tant que préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la foi, le cardinal Ratzinger avait suivi la genèse de la séparation des fidèles lefebvristes avec Rome. Il avait tenté par tous les moyens de les garder au sein de l’Église catholique. Peu de temps après le début de son pontificat, en août 2005, Benoît XVI avait souhaité rencontrer Mgr Bernard Fellay, le supérieur de la Fraternité Saint-Pie X fondée par Mgr Marcel Lefebvre. Toutes ces démarches ont été faites sans jamais vouloir « brader » ou altérer le message du concile Vatican II. Ce Motu proprio s’inscrit dans la volonté d’établir une vraie communion avec les chrétiens attachés à la liturgie ancienne, qui doivent trouver leur place dans l’Église conciliaire. Mais ce Motu proprio n’a pas seulement pour but de résoudre une crise schismatique. Il entend répondre à des aspirations légitimes de mettre en valeur la richesse de la messe tridentine, qui fait partie du patrimoine liturgique de l’Église.
Benoît XVI est très clair. Il n’y a qu’un seul rite avec deux formes. Une forme ordinaire, celle de la messe dite de Paul VI (qui peut être célébrée en latin, mais, habituellement dans la langue vernaculaire). Une forme extraordinaire, celle de la messe célébrée selon le missel de 1962.
Un seul rite, avec deux expressions. « Un double usage de l’unique et même rite », souligne Benoît XVI dans la Lettre qu’il adresse aux évêques pour expliquer le Motu proprio. Il ajoute : « le missel de 1962 n’a jamais été juridiquement abrogé ». En autorisant une plus large utilisation du missel de 1962, le pape ne remet pas en cause la réforme liturgique de Vatican II (Constitution Sacrosantum Concilium), qui demeure la référence commune de la prière de l’Église. L’évêque demeure le « modérateur » de la liturgie dans son diocèse « en veillant à ce que tout se passe dans la paix et la sérénité » (Lettre aux évêques).
Ainsi, deux formes cohabitent pour une mutuelle fécondation. « Les deux formes d’usage du rite romain peuvent s’enrichir réciproquement : dans l’ancien missel pourront être et devront être insérés les nouveaux saints, et quelques-unes des nouvelles préfaces…, dans la messe selon le missel de Paul VI, pourra être manifestée de façon plus forte cette sacralité qui attire de nombreuses personnes vers le rite ancien. »
Benoît XVI a donné, dans sa Lettre d’accompagnement, la raison ultime de la non-abrogation du missel de 1962. Il n’a pas été abrogé, parce que l’Église ne peut l’abroger sans rentrer en contradiction avec elle-même : « Ce qui était sacré pour les générations précédentes, reste grand et sacré pour nous, et