Benoît XVI a publié le 30 novembre la deuxième encyclique de son pontificat, Spe Salvi « sur l’espérance chrétienne ». Présentation d’un texte fort très personnel, ainsi que de la Note doctrinale sur l’évangélisation publiée par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. Nous vous proposons aussi de larges extraits du message du pape pour la Journée mondiale de la Paix.
Après une première encyclique sur la charité, Benoît XVI nous en offre une seconde sur l’espérance. Le pape théologien nous oriente d’emblée vers les vertus théologales lesquelles, par distinction d’avec les vertus morales, ne visent pas directement notre agir humain mais situent notre rapport avec Dieu lui-même en qui nous croyons et espérons et que nous aimons. Les textes magistériels de Benoît XVI portent la marque de fabrique « Josef Ratzinger » : une foi à la recherche de l’intelligence du mystère, qui ne se dérobe pas à la confrontation avec les objections modernes, retenant, le cas échéant, la part d’intuition juste qu’elles recèlent mais aussi pointant avec acuité le vice du système. À ce débat, le pape convoque les grandes figures de la pensée chrétienne, à commencer par son cher saint Augustin mais aussi Dostoïevski, Lubac. La vie des saints illustre et étaye les principes de foi. Aucun acte du magistère, sauf le Catéchisme de l’Église catholique, n’est cité. Il est possible qu’un jour se pose la question du statut des encycliques de Benoît XVI, qui tiennent effectivement plus de la réflexion théologique que de l’enseignement formel. Mais l’Église, pour être magistérielle, a besoin d’être théologienne en amont car sa doctrine ne relève pas d’un impératif catégorique positiviste, fût-il divin, mais d’une harmonique entre la foi et la raison. Cette encyclique, où il s’agit en quelque sorte de donner « raison (logos) de l’espérance qui [nous] habite » (Pi 3, 15), comporte deux grandes parties : la première, plus doctrinale, après avoir interrogé la Parole de Dieu, repéré la déviation individualiste et dénoncé la contre façon séculière, aboutit à la véritable physionomie chrétienne de l’espérance. La seconde, davantage pastorale, tient dans une investigation des « lieux d’apprentissage pratique et d’exercice » de l’espérance : la prière, l’engagement et la souffrance, et la perspective du jugement.
Le retour en grâce de l’Épître aux Hébreux.
On saluera d’abord, dans cette encyclique la « réhabilitation » de la fameuse Épître aux Hébreux. Le pape observe sans malice que « la lettre aux Hébreux comme telle n’était pas très sympathique » à Luther (n. 7). Il faut en dire autant des théologiens catholiques conformistes, trop souvent à la remorque des protestants et perplexes face à la dimension sacerdotale et cultuelle de la lettre en question ! Outre les nombreux lieux de cette épître auxquels il se réfère, Benoît XVI fonde sa réflexion sur la définition de la foi que l’on trouve en He 11, 1 : « La foi est la substance des réalités à espérer, la preuve des réalités qu’on ne voit pas ». Le pape analyse la compréhension de ce verset par Luther, reprise dans la version allemande de la traduction œcuménique du Nouveau Testament, avec l’approbation de la Conférence épiscopale, ce qui donne en français : « La foi consiste à être ferme en ce que l’on espère, à être convaincu de ce que l’on ne voit pas ». Benoît XVI démontre clairement que, par cette traduction erronée, l’on est passé du plan objectif : « substance », « preuve », au plan subjectif : « fermeté », « conviction ». C’est alors tout le statut de l’espérance qui change, laquelle, de présence initiale (substantia / hypostasis) des réalités espérées qu’elle était, est réduite à n’être plus que « tension personnelle vers les biens qui doivent encore venir » (n. 7). Qu’il est jubilatoire de constater que la définition de la foi en He 11, 1 retenue par Benoît XVI est exactement celle sur laquelle saint Thomas avait jeté son