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Le pape serait-il bon ?

Contre-culture

Jacques de Guillebon

Source :La Nef N°221 de décembre 2010
Enfer et damnation ! Le pape serait-il devenu bon ? Cette incroyable nouvelle qui barre les manchettes au même titre que si l’on avait prouvé que Marine Le Pen n’a pas le gène nazi est en voie de remettre en cause le paradigme postmoderne, du moins si l’on en croit les commentateurs éclairés.
« Pape et préservatif » dans la même phrase : le stimulus a encore fonctionné. Ainsi que la vérole sur le bas-clergé, on s’est jeté en masse sur deux lignes de textes, où l’on apprend – pardon, où les commentateurs apprennent ce qu’ils eussent dû toujours savoir – que l’Église en général et le pape en particulier n’étaient finalement pas si heureux que des gens meurent du Sida. Ils avaient un peu mauvaise conscience, faut croire. Ça vous étonne, mais c’est comme ça. Oublions que l’Église tient depuis des décennies que la condamnation générale de l’usage du préservatif est levée en de certaines circonstances, comme celle évoquée ici par Benoît XVI, où la situation des partenaires est objectivement faussée par l’absence de liberté.
Non, oublions décidément, et gardons ceci en tête, qui est la seule morale du happy end spectaculaire : cette satanée institution qui ne fait que soigner le quart des malades du Sida dans le monde, aura mis trente ans à comprendre que le VIH ça fait mal. Ça prouverait bien son arriération, si besoin était. Mais enfin, ne faisons pas la fine bouche et réjouissons-nous : nous voici libérés ! (quand je dis nous, c’est les catholiques parce que pour les autres, je ne vois pas trop ce que ça change). On a le droit ! Nous aussi ! Autant vous dire que ça va pas chômer dans les chaumières ce soir, depuis le temps qu’on se serre la ceinture. Pardon, je m’égare. Ceci simplement pour montrer par l’absurde que, malgré nos gentils contemporains, la libération sexuelle n’est pas pour demain chez les catholiques. Pour jamais même, puisque les fils de la lumière sont toujours-déjà rachetés depuis 2000 ans et qu’on n’a jamais vu qu’on pût délivrer un homme libre.

J’avoue que, quoique ce soit méthode prohibée par les petits maîtres du bon goût des écoles de journalisme – me dit-on – j’avais prévu de parler de deux sujets dans la même chronique. Et j’ai eu beau chercher comment, à mon habile habitude, les nouer par une transition incognito, las ! cette marâtre s’est sans cesse dérobée. Aussi, rougissant de mon outrecuidance, je t’entretiendrai maintenant à bâtons rompus, bon lecteur, d’un ouvrage qui me tient fort à cœur et qui, s’il est paru depuis trois mois déjà, ne déparera pas parmi la liste des cadeaux que tu songes déjà à offrir à ta belle-mère (ou bru, ou gendre, selon ta situation) pour Noël : un Dictionnaire des injures littéraires, grandiose réunion des calamiteuses pensées des porteurs de calames, fruit du labeur acharné de Pierre Chalmin, écrivain de son état et dont nous avons eu ici l’occasion de dire le plus grand bien il y a quelque temps.

Si la calomnie, la médisance et la diffamation sont de délictueuses occupations, la méditation désintéressée de leurs fruits pourris à quelques siècles ou décennies d’intervalles ne saurait être répréhensible. C’est même au contraire une œuvre de salut public que d’avoir compilé en un joli objet à rabat imprimé ces piques où la beauté du phrasé souvent seule rachète la médiocrité de l’arrière-pensée. Où l’on constate d’ailleurs avec joie que l’agresseur est souvent l’injurié de la veille ou du lendemain. Où l’on voit une fois nouvelle qu’un grand penseur public est un fieffé coquin dans son privé.
Mais, lecteur, il ne faut pas t’étonner de la bassesse avec laquelle les gens de plume se dépeignent les uns les autres : naturellement rivés à leur outil, ils sont forcément à un moment de la journée tentés d’en mésuser et, tenant leur plus proche voisin pour responsable de leurs malheurs, de l’accabler de leur hargne de ratés. Car s’ils avaient été quelqu’un, ils savent qu’ils n’eussent pas été 
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