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Le recul du politique

Éditorial

Source :La Nef N°220 de novembre 2010
Les grèves du mois d’octobre soulèvent un problème de fond et mettent en lumière l’un des maillons faibles de notre démocratie. Le problème de fond, c’est l’effacement du politique, c’est-à-dire du pouvoir exécutif et législatif – en démocratie élu par le peuple – censé gouverner le pays le temps d’un mandat. Or, le pouvoir politique ne cesse de voir ses prérogatives rognées : par la primauté donnée à l’économie qui caractérise aussi bien le libéralisme que le socialisme – et la mondialisation débridée limite singulièrement la marge de manœuvre des gouvernants –, par les transferts de souveraineté à l’Union européenne qui font du chef de l’État et du Parlement des exécutants de la politique décidée à Bruxelles, par la puissance médiatique qui fait l’« opinion », sans cesse auscultée par les sondages et à laquelle il convient de ne surtout pas déplaire… Et, c’est un classique en France, il y a enfin le pouvoir de la rue qui a ici une rare capacité à faire plier les responsables politiques, toujours inquiets de voir la « révolution » se développer et bloquer tout le pays.

Ce pouvoir de la rue, il n’appartient cependant qu’à la petite minorité qui possède une capacité de nuisance : tous ceux dont l’arrêt de travail – ou plutôt le blocage illégal de leur entreprise – gêne concrètement la vie de leurs concitoyens, c’est-à-dire au premier chef ceux travaillant dans un service public (1). Autrement dit, ceux qui ont un tel pouvoir ont les moyens d’obtenir ou de conserver un statut privilégié dans la société : ainsi se perpétue un système à deux vitesses où coexistent une immense majorité soumise au droit commun et une petite minorité bénéficiant de régimes de faveur dans tel ou tel domaine. Qu’importe qu’une réforme des retraites soit absolument nécessaire, qu’importe que dans tous les pays voisins les salariés travaillent jusqu’à 65 ans, bref qu’importe la situation réelle pourvu que les « avantages acquis » ne soient jamais remis en question : c’est l’intérêt égoïste à court terme qui prime. En cédant à de telles revendications, en laissant déjà le pays en partie paralysé par ces grèves, le politique se renie lui-même, lui dont la raison d’être est précisément le service du bien commun. La perte du sens de l’État ouvre la voie au pouvoir des castes, au règne du plus fort.
Second point, l’un des maillons faibles de notre démocratie : la médiocre représentation du monde du travail dans l’entreprise et dans la nation. La crise de 2008 l’a confirmé s’il en était besoin : le capital est plus précieux que la main-d’œuvre, pour le sauver, on est prêt à tous les sacrifices ; ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le capital est moins taxé que le travail ! Dans ce domaine, la France détient sans doute des records : la concertation fonctionne très mal car le pouvoir, vieil héritage d’une tradition centralisatrice, tend à décider de tout quand, en face de lui, les syndicats ne représentent qu’une petite partie du monde salarié. Là aussi le poids du passé est lourd, car, imprégnés de marxisme-léninisme, les syndicats français n’ont pas su rompre avec le mythe révolutionnaire du « grand soir » – auquel plus personne ne croit – et se laissent facilement déborder par une base trotskiste ultra-minoritaire dont le but est de troubler au maximum l’ordre public. Le blocage de la vie économique n’a alors plus grand-chose à voir avec l’intérêt et la défense des salariés. Ces derniers n’en sont pas dupes et cela explique le faible taux de syndicalisation français – alors qu’il est bien supérieur en Allemagne où les syndicats ont un réel souci de défense de leurs membres en tenant compte de ce qui est possible.

Ajoutons que la grève dans une entreprise ne se justifie qu’en liaison avec une revendication la concernant (licenciements, réduction des salaires, etc.) : les entreprises ne sont en rien responsables du projet de loi sur les retraites ; ceux qui le 
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