À l’image de Jean-Paul II, qui avait consacré le premier déplacement de son pontificat en 1979 à une Église sud-américaine profondément déstabilisée, et qui avait condamné, à Puebla au Mexique, une « théologie de la Libération » flirtant avec l’idéologie marxiste, Benoît XVI aura, durant les cinq jours passés au Brésil, délivré de féconds messages.
Les chiffres tout d’abord. Plus de 60 000 jeunes venus prier avec Benoît XVI le jeudi soir, au stade « Paulo Machado de Carvalho ». Près de la moitié n’ont pu y pénétrer et ont suivi la veillée à l’extérieur de l’enceinte. La veille, lors de la messe de canonisation du frère Antonio de Sainte-Anne Galvão (1739-1822), premier saint brésilien de l’histoire, une foule d’un million et demi de fidèles avait participé à l’office. Loin des petits calculs mesquins, ces foules démontrent néanmoins une chose : le successeur de Jean-Paul II était attendu aussi bien par les évêques du continent sud-américain réunis à l’occasion de la Ve conférence générale de l’épiscopat latino-américain et des Caraïbes (CELAM) que par le peuple brésilien.
Car si le géant lusitanophone demeure, avec 150 millions de fidèles, le plus grand pays catholique au monde, l’Église doit faire face aux ravages du matérialisme post-moderne qui, ici comme ailleurs, sape les fondements spirituels de la société brésilienne et laisse le champ libre aux sectes néo-protestantes venues des États-Unis.
L’influence du pentecôtisme inquiète le Vatican. Elle n’a cessé de croître depuis leur apparition en Amérique latine au tournant des années 70. Volontiers messianiques, les pentecôtistes représentent la branche la plus charismatique de la nébuleuse évangélique. Le « culte émotionnel » y tient une place primordiale, illustré par le parler « en langues », les chants et les phénomènes de transes. Les évangéliques représenteraient 25 % de la population brésilienne. Au sein de cette famille par nature morcelée en de multiples Églises et sectes, les pentecôtistes seraient un gros tiers. Le conditionnel est de rigueur car les transfuges entre les différentes « religions » sont nombreux. Les évangéliques, sous ces formes diverses, jouissent d’un dynamisme aussi impressionnant qu’inquiétant. Selon Jean-Pierre Bastian, de l’Institut des Hautes Études de l’Amérique Latine (Le Monde du 11/0507), « ces organisations enthousiastes […] offrent des formes de recomposition communautaire qui assurent autour d’un dirigeant doté de charisme, une certaine protection et une confiance fraternelle, alors que dans les quartiers misérables dominent la violence, la drogue et la prostitution ». Religions « faciles », « fast religions », elles ne s’embarrassent ni de dogmes, ni de structures cléricales, ni de réflexion intellectuelle pour préférer une démarche émotionnelle, directe et personnelle avec Dieu. D’où leur attrait sur des populations fragilisées par la pauvreté matérielle et spirituelle.
Le succès des Églises évangéliques s’explique par l’aide concrète qu’elles apportent aux plus miséreux de l’Amérique latine, mérite qui ne peut leur être dénié. Mais aussi par le soutien direct et intéressé des États-Unis qui voient en elles un moyen de conserver une influence qui leur échappait politiquement. Par ailleurs, les fondements spirituels de ce phénomène ne doivent pas être sous-estimés.
Et le souverain pontife ne s’y est pas trompé. Comme à Ratisbonne en 2006, ce ne sont pas les religions concurrentes que vise le Saint-Père, mais bien le relativisme moral, le matérialisme niveleur sur lesquels prospèrent islam et néo-protestantisme.
Le 11 mai à Sao Paulo, il a affirmé : « Telle est la finalité de l'Église – et il n’y en a aucune autre : le salut des âmes, une par une ». Devant 430 évêques réunis pour les Vêpres, Benoît XVI a pointé du doigt une évangélisation par trop superficielle : « Les personnes les plus vulnérables au prosélytisme agressif des sectes […] et incapables de résister