Les cellules souches embryonnaires KO ?
Chronique Vie
Pierre-Olivier Arduin
Source :
La Nef
n°210 de décembre 2009
Les Américains viennent de suspendre jusqu’à nouvel ordre ce qui devait constituer le premier essai clinique mondial à base de cellules souches embryonnaires humaines. Ses promoteurs ne veulent pourtant pas s’avouer vaincus, des millions de dollars étant en jeu.
La Food and Drug Administration (FDA) a finalement recalé la demande d’expérimentation clinique de la firme Geron Corporation, industriel leader dans le domaine de la recherche sur les cellules souches embryonnaires (ES) outre-Atlantique. Maintes fois reporté depuis plus d’un an, l’essai prévu sur des patients souffrant de lésions sévères de la moelle épinière était très attendu. Une éventuelle revitalisation des neurones endommagés aurait enfin permis d’arracher un résultat que l’on ne cesse de nous annoncer comme imminent. Ce refus d’autorisation constitue un nouveau revers pour les adeptes de la recherche sur l’embryon qui s’obstinent envers et contre tout à ne pas jeter l’éponge. La capacité des cellules ES à générer des tumeurs et induire de dérèglements du système immunitaire chez le sujet receveur – les deux obstacles biologiques systématiquement rencontrés dans les études animales – ont une nouvelle fois eu raison d’elles.
La déconvenue est d’autant plus retentissante que nombre d’orateurs venus défiler devant les députés de la mission d’information parlementaire de révision de la loi bioéthique ont été souvent à court d’arguments pour défendre la poursuite de la recherche sur l’embryon en France. A de nombreuses reprises, la dernière bouée à laquelle ils se sont raccrochés consistait justement à brandir ce fameux essai acquis de haute lutte par la Geron Corporation. Ne devait-il pas représenter le premier test humain dans le monde après plus d’une décennie de recherches infructueuses sur le plan thérapeutique ? La pression était d’autant plus forte sur les députés que le président Obama a donné cette année un feu vert purement idéologique au financement fédéral de la recherche sur l’embryon.
La bioéthique, c’est cela aussi : des discours qui font échec à la réalité et au simple bon sens. N’en avait-il pas été de la sorte lorsqu’à l’occasion des précédentes discussions préparant la rédaction de la loi bioéthique du 6 août 2004, certains protagonistes, dont quelques-unes sont d’ailleurs les mêmes qu’aujourd’hui, avaient mis les Coréens sur un piédestal pour tenter de faire passer le clonage embryonnaire dont on nous promettait monts et merveilles ? On a vu ce qu’il en fut : après avoir été convaincu de fraude scientifique, le professeur Hwang a été mis au ban de la communauté scientifique internationale et vient d’être lourdement condamné par la justice de son pays. La découverte des cellules souches reprogrammées dites iPS a définitivement donné le coup de grâce au clonage tombé en désuétude et par la même occasion aux cellules issues de la destruction d’êtres humains à peine conçus. C’est ce que rappelle Jean-Marie Le Méné dans son dernier livre : les cellules iPS permettent de « se passer des recherches sur l’embryon, ce qui est, in fine, le but recherché par la bioéthique » (1).
Mais alors, comment expliquer que s’exerce encore un détestable lobbying sur les responsables politiques pour autoriser plus largement la recherche sur l’embryon ? La réponse, c’est un des meilleurs spécialistes italiens qui nous la donne en la personne du professeur Angelo Vescovi, l’un des conférenciers de marque du récent Congrès international de Monaco (2). « La production de cellules souches à travers la reprogrammation de cellules adultes est non seulement supérieure à celle qui prévoit l’utilisation des embryons humains, mais elle se fonde sur des techniques tout à fait nouvelles, qui ne dépendent pas des brevets qui actuellement exploitent l’utilisation des cellules souches dérivées d’embryons. Beaucoup de pays sont des pionniers historiques dans ce secteur. De nombreux laboratoires,