Suite de notre enquête sur l’islam avec ce mois-ci le P. François Jourdan, eudiste qui fut en charge des relations avec l’Islam dans le diocèse de Paris et auteur d’un ouvrage remarqué (1).
L’islam est-il selon vous
intrinsèquement mauvais et dangereux, est-il totalitaire ?
Aucune religion n’est intrinsèquement mauvaise. Le concile Vatican II l’a fort bien dit à plusieurs reprises : « ce qui est vrai et saint » dans les religions, « elles apportent souvent un rayon de la Vérité qui illumine tous les hommes » (Nostra aetate 2 ; cf. Ad Gentes 9 et Lumen Gentium 16). L’islam, comme toutes les grandes religions du monde, fait droit au mystère qui habite tout homme et qui fait que « l’homme passe l’homme ». En cela elles ont toutes du vrai.
Cela n’empêche pas de se rendre compte, grâce à leur longue histoire passée, que l’amalgame du religieux et du temporel est un piège irrémédiable : non seulement il leur fait du tort à elles-mêmes, mais encore il est source fondamentale de violences. Du « Dieu le veut » du pape Urbain II pour le lancement des croisades qui n’avaient rien de l’esprit évangélique, au verset coranique « L’islam doit supplanter toutes les autres religions » (48, 28). Tant que l’esprit de domination lié à ce couple temporel-spirituel sera là, on n’aura pas la paix. Le communautarisme peut aussi interférer avec les prescriptions multiples de la vie qui séparent, au nom de Dieu, le croyant du reste des hommes. Mais est-ce vraiment à ce niveau que doit se jouer la relation à Dieu ?
Un autre élément doctrinal interfère : une altérité avec Dieu est-elle possible et laquelle ? Si Dieu fait tout, il y aura danger de domination parmi les hommes. Si au contraire il y a une autonomie de ce qui n’est pas Dieu, par exemple, l’exercice de la raison critique, ou le partenariat avec Dieu par l’Alliance biblique qui fait droit à l’humain, alors le découplage temporel-spirituel a plus de chances de pouvoir se réaliser. Ainsi les doctrines ne sont pas innocentes, contrairement à l’ignorance régnante en la matière, et elle nous montre que les religions ont des déplacements doctrinaux à faire si elles veulent vivre la paix au-delà des mots.
Le lien spirituel-temporel
L’islam a-t-il remplacé le
communisme comme danger majeur pour l’Europe ?
Je ne comparerai pas l’islam et le communisme. C’est bien autre chose. Au lieu de 70 ans, l’islam a plus de 14 siècles et est intégré au niveau sacral de religion par 1,3 milliard de personnes. Le danger qu’il peut représenter est essentiellement lié à ce lien du temporel et du spirituel qu’il a toujours connu depuis son propre fondateur, Mahomet, qui fut à la fois chef religieux, politique et militaire. Il ne s’agit pas ici de dérives, mais c’est dans le Coran lui-même. J’y ajouterai la question des droits de l’homme, notamment : les droits de la femme et la liberté religieuse réelle et pas seulement en parole : le droit de changer de religion, y compris pour des musulmans de quitter l’islam (l’histoire montre combien l’islam a été depuis toujours sévère et même féroce contre ceux qui osaient cela).
Peut-on cohabiter pacifiquement avec l’islam ? Peut-on et doit-on dialoguer avec lui ?
La cohabitation n’est possible avec lui que s’il accepte de découpler temporel et spirituel. Sinon, au début, lorsque les musulmans sont peu nombreux, ils composent, comme Mahomet à La Mecque, mais dès que leur pouvoir augmente, la violence arrive au service de l’islam comme le montrent actuellement tant de régions du globe avec les mouvements politiques séparatistes et avec le départ des non-musulmans qui souffrent de la tutelle islamique en attendant leur conversion à l’usure.
Cela n’empêche pourtant pas de dialoguer avec les personnes de religion musulmane. C’est là où il faut absolument découpler le chemin coranique, et les