Recherche
Lettre électronique
Pour recevoir régulièrement des nouvelles de La Nef, entrez votre courriel et validez
Mon compte
  • Accueil
  • Archives de la Nef
  • Église
  • Liturgie

Les deux formes du rite romain : Quelle cohabitation ?

Christophe Geffroy

Source :La Nef n°196 de septembre 2008
Le motu proprio Summorum Pontificum est entré en application il y a un an, le 14 septembre 2007. Il est sans doute trop tôt pour tirer un bilan, mais non pour s’interroger sur l’avenir des deux formes liturgiques du rite romain, de leur cohabitation, de leur enrichissement mutuel comme le pape l’espérait. À l’occasion de ce premier anniversaire, Christophe Geffroy publie à la mi-septembre au Cerf un essai sur ces questions,
intitulé Benoît XVI et la « paix liturgique ». Le texte qui suit
est un extrait en avant-première de la conclusion de ce livre.


L’objection immédiate souvent entendue, notamment de la part d’évêques, est que l’institutionnalisation de deux formes du même rite risque de diviser les communautés diocésaines. Dans l’histoire de l’Église latine, la diversité liturgique a été cependant bien plus fréquente que l’unité de rite. En France, il a fallu attendre le xixe siècle pour voir le rite romain de saint Pie V s’imposer partout au détriment des nombreuses liturgies gallicanes. La pluralité liturgique n’est donc pas obligatoirement un ferment de division, elle n’est pas un obstacle en soi à la communion ecclésiale. Quoi qu’il en soit, dans sa Lettre aux évêques accompagnant le motu proprio, Benoît XVI a clairement répondu que cette crainte de voir des « désordres » ou des « fractures dans les communautés paroissiales » n’était pas fondée. Et de fait, l’expérience montre que plus les communautés « traditionnelles » ont été bien accueillies, meilleure a été leur intégration dans le diocèse. Il reste néanmoins du chemin à parcourir de part et d’autre pour rentrer dans l’esprit de paix auquel nous convie le pape.
D’abord de la part de beaucoup d’évêques qui, dans leur diocèse, devraient être comme des pères pour leurs ouailles : c’est à eux les premiers de manifester un geste d’amour et d’accueil à l’égard de toutes les sensibilités liturgiques légitimes reconnues par l’Église – même si parfois certains défenseurs de la forme extraordinaire n’ont pas toujours été suffisamment respectueux de leur autorité. Jusqu’à maintenant, dans l’immense majorité des cas, la présence d’une forte communauté attachée à la liturgie tridentine n’a jamais été considérée comme une richesse pour un diocèse, mais comme un danger à contenir en essayant surtout d’éviter sa croissance. Le motu proprio Summorum Pontificum, pourtant très explicite, n’a pas encore changé les mentalités et les pratiques : alors que ce texte laisse l’initiative aux curés, ceux-ci, dans nombre de diocèses, ne peuvent répondre librement aux demandes qui leur sont adressées en raison d’une politique restrictive mise en place par les évêques ou leurs vicaires généraux. La messe tridentine continue de faire peur : peur surtout de la voir se développer un peu partout si elle n’était plus entravée, d’où ces attitudes mesquines et cette volonté de freiner le développement de ce mouvement favorable à l’ancien Ordo. Lorsque les évêques (et leur clergé, parfois bien plus hostile que l’Ordinaire lui-même) considéreront la présence de ces communautés « traditionnelles » comme une richesse et non comme un handicap ou une « concurrence », une étape essentielle aura été franchie.
Cela suppose aussi de prendre en compte la diversité de la galaxie « traditionaliste » et de cesser les amalgames qui n’ont guère de sens – le but étant de discréditer cette mouvance qui serait davantage dirigée par certaines idées politiques que par des convictions religieuses – ou de comprendre enfin qu’aujourd’hui la majorité de ces fidèles n’a plus une hostilité de principe au Concile Vatican II – leur évolution allant de toute façon dans le bon sens, vers une reconnaissance du Magistère post-conciliaire. Ces communautés traditionnelles, si elles n’étaient pas méprisées, marginalisées ou ignorées, s’il y avait une stratégie pastorale concertée pour les intégrer véritablement à la vie du diocèse, pourraient être un apport réel : outre 
Page 1 sur 4 1 2 3 4 »