Recherche
Lettre électronique
Pour recevoir régulièrement des nouvelles de La Nef, entrez votre courriel et validez
Mon compte
  • Accueil
  • Archives de la Nef
  • Église
  • Liturgie

Les enjeux du motu proprio

Source :La Nef n°196 de septembre 2008
Les réactions de la hiérarchie à la publication du motu proprio Summorum pontificum et les commentaires qui ont accompagné le premier anniversaire de la décision du Saint-Père révèlent de façon impressionnante l’état spirituel et pastoral de notre pays. Si la mise en application du motu proprio se fait dans la douleur, c’est sans doute parce qu’elle intervient dans un contexte général de délitement de la société ecclésiale. Si la panique est mauvaise conseillère, l’aveuglement volontaire rend impossible tout renouveau. Mais essayons de dégager quelques éléments de cette crise.

a. Le motu proprio ne fait que définir un droit pour tous les fidèles, qu’ils soient ministres ou laïques. Ce droit consiste à pouvoir prier à l’aide de livres liturgiques qui sont le fruit d’une évolution homogène depuis les temps apostoliques et la grande tradition patristique latine. Il revient aux évêques et autres ministres de l’Église, conformément aux engagements solennels pris lorsqu’ils ont prêté le serment de fidélité au moment où leur office leur a été confié, de défendre, de promouvoir et d’appliquer ce droit. Si les modalités d’application leur reviennent, ils ne peuvent priver les fidèles de cette liberté. Ainsi l’Ordinaire du lieu (qu’il soit l’évêque diocésain ou bien son vicaire général ou épiscopal) ou le curé à qui un groupe stable de fidèles s’adresse, n’a pas à refuser a priori et sans examen l’exercice de ce droit. Il est d’ailleurs frappant de noter que bien des curés, contre la lettre et l’esprit du motu proprio, se retranchent derrière la décision de l’évêque pour refuser l’application de la décision pontificale. On ne peut que regretter qu’ils renoncent du même coup à une belle illustration du principe de subsidiarité dans l’Église. C’est du même coup la manifestation d’un principe cruellement drôle entendu dans le monde militaire : le bruit sourd d’un parapluie qui s’ouvre vaut mieux que le bruit sec d’une carrière qui se brise !

b. Les différents commentaires qui ont accompagné la réception du motu proprio manifestent un étrange aveuglement sur la situation réelle de la mouvance Ecclesia Dei. S’il est vrai que certains groupes de pression exagèrent l’importance numérique de la participation des fidèles à telle ou telle célébration, il n’en demeure pas moins que l’observateur impartial ne peut être que frappé de l’absence totale d’une analyse qualitative de ce courant, au moins aussi important que la composante charismatique dans l’Église de France (d’ailleurs l’un et l’autre sont beaucoup plus divers et nuancés que le laissent deviner les raccourcis journalistiques) : des familles nombreuses, des assemblées jeunes, des chrétiens non seulement pratiquants mais aussi observants, des missionnaires qui témoignent dans la vie professionnelle et s’engagent dans la vie associative (alors que le mouvement général est bien plutôt aujourd’hui de « cléricaliser » les laïques en les intégrant le plus possible dans les structures ecclésiales, et ceci contre l’enseignement explicite du Concile), des fidèles soucieux d’une authentique formation doctrinale et d’une éducation spirituelle puisée dans la grande Tradition de l’Église. Certes, beaucoup de ces chrétiens ont développé des réflexes critiques, voire épidermiques, face à la hiérarchie. Mais la charité pastorale ne consiste-t-elle pas à engager le dialogue, à chercher à comprendre ceux à qui on s’adresse ou qui s’adressent à nous et à n’exiger d’eux que l’adhésion à la doctrine de la foi et à la morale évangélique en laissant pour le reste une véritable liberté ? L’existence des traditionalistes n’invite-t-elle pas les pasteurs à procéder enfin à l’examen critique de ce qui a été fait depuis quarante ans et à s’interroger sur les raisons intra-ecclésiales de nombre d’échecs pastoraux ? Travaillons à une pratique de gouvernement qui consiste uniquement à favoriser par tous les moyens la vie spirituelle et surnaturelle des fidèles. La 
Page 1 sur 2 1 2 »