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Les états généraux de la bioéthique : une chance pour l’Église ?

Pierre-Olivier Arduin

Source :La Nef n°202 de Mars 2009
Alors que la mission parlementaire chargée de réexaminer la loi de bioéthique du 6 août 2004 a entamé ses auditions publiques, un comité réunissant 6 personnalités va piloter les États
généraux de la bioéthique. L’Église de France a parfaitement anticipé ce grand rendez-vous.


Ce débat d’ampleur nationale, c’est le chef de l’État qui l’a dès l’origine appelé de ses vœux. Encore devant Benoît XVI, le 12 septembre dernier au Palais de l’Élysée, il a confirmé la tenue de ce « débat citoyen » à la hauteur des enjeux qui « engagent notre conception de l’homme et de la vie, pouvant conduire à des mutations sans précédent de société » (1). Pour mener une pareille entreprise, le Président a choisi personnellement Jean Leonetti, nommé tout à la fois rapporteur de la mission de l’Assemblée nationale et président du comité de pilotage des États généraux. Médecin et député, l’homme est devenu incontournable dans la conduite de la réflexion française confrontée aux grands défis éthiques contemporains. Le rapport sur la fin de vie dont il est l’auteur a été salué – événement rarissime – par le pape lui-même qui recevait le 26 janvier en audience solennelle le nouvel ambassadeur de France près le Saint-Siège : « Je me réjouis que la mission parlementaire sur les questions relatives à la fin de vie ait rendu des conclusions sages et pleines d’humanité » (2). Et Benoît XVI d’ajouter : « Je souhaite que cette même sagesse, qui reconnaît le caractère intangible de toute vie humaine, puisse être à l’œuvre dans la révision des lois de bioéthique ».
Le coup d’envoi du dispositif a été donné début février par Roselyne Bachelot qui en a précisé le déroulement. D’ici l’été, ce sont quatre étapes stratégiques qui rythmeront cette vaste délibération. D’abord l’ouverture le 16 février d’un site Internet d’information collectant les commentaires de tous les Français désireux de participer par ce biais à la réflexion collective (3). Suivront au printemps une trentaine de colloques régionaux organisés par les espaces éthiques adossés aux grands centres hospitaliers. Là encore, « la participation citoyenne » est fortement encouragée par la ministre. Ensuite trois grands forums thématiques couvriront les grands domaines de la révision bioéthique : recherche sur l’embryon et eugénisme à Marseille le 9 juin, assistance médicale à la procréation et mères porteuses deux jours plus tard à Rennes, enfin le 16 juin se tiendra à Strasbourg une rencontre sur les greffes d’organes et l’explosion des tests génétiques dans la médecine prédictive. Chacun de ces forums mettra en œuvre une discussion à trois voix entre des experts, un panel de 20 citoyens tirés au sort préalablement formés et un public autorisé à intervenir.
Point d’orgue des États généraux : un colloque national à Paris le 23 juin, en présence de Nicolas Sarkozy qui se verra remettre par Jean Leonetti le rapport de synthèse final. Indéniablement, un vent nouveau souffle, plusieurs observateurs notant un tournant, voire une exception française, dans la manière d’aborder ces grands sujets de société. Il est notoire en effet que les discussions préparant la rédaction des précédentes lois de bioéthique furent confisquées par des cénacles de spécialistes, à la fois juges et parties. Les arguments professés par des personnalités remettant en cause le prêt-à-penser éthique étant la plupart du temps censurés pour ne pas faire irruption dans l’espace public. Ceci s’explique par le système intellectuel sur lequel s’est construit notre corpus législatif bioéthique : la fameuse distinction du penseur allemand Max Weber entre éthique de responsabilité et éthique de conviction. « Face à l’insuffisance de la seule morale, face à l’impossible légitimité des logiques religieuses, […] l’homme politique fidèle à sa responsabilité sacrifiera, s’il le faut, ses convictions, à la nécessité d’une action qui n’est jamais que relative » (4). Propos 
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