La Communauté Saint-Martin vient de publier les Heures grégoriennes, fruit d’un long et patient labeur, magnifique travail qui met à la portée des prêtres et des fidèles le trésor de la liturgie des heures et du chant grégorien.
Le modérateur général de la Communauté Saint-Martin, l’abbé Jean-Marie Le Gall, nous en dit plus.
La Nef – Pouvez-vous nous expliquer ce que sont les Heures grégoriennes ?
Abbé Jean-Marie Le Gall – Les Heures grégoriennes sont un antiphonaire, c’est-à-dire l’équivalent chanté du bréviaire Liturgia horarum promulgué à la suite du Concile Vatican II. Avec la double particularité d’avoir un texte en synopse latin-français et d’être accompagné des notations grégoriennes (hymnes, antiennes, répons) de manière à permettre effectivement de chanter les heures de l’Office. Cet ouvrage, approuvé par Décret de la Congrégation pour le Culte divin – ce qui est exceptionnel – permet de faire droit à deux souhaits du Concile : la transmission aux générations futures du trésor du grégorien et du latin d’une part, et la possibilité de donner (grâce au mélange possible du français et du latin) une meilleure compréhension, une plus grande qualité de chant et donc au final une plus grande facilité aux laïcs de partager entre eux et/ou avec leurs pasteurs, cette activité fondamentale de l’Église qui est le chant de l’Office.
Pourquoi un tel travail, quel est son but ? Qui l’a demandé et à qui s’adresse-t-il (en quoi est-il différent de l’Office monastique) ?
L’office romain est par nature différent du monastique qui n’a pas la même répartition des psaumes et peut avoir une structuration différente. L’Office romain est celui des prêtres et des diacres, mais également celui de tout baptisé voulant accomplir la laus perennis, c’est-à-dire la louange éternelle de l’Église-Épouse élevée vers le Christ-Époux.
Comme dit plus haut, il s’adresse à tous et répond à un souhait de Paul VI et du Concile de voir se développer le chant de l’office par tous les fidèles laïcs, surtout le dimanche, jour du Seigneur. Cela permet par exemple de réunir une paroisse, un mouvement, et de le mettre en prière le dimanche aux vêpres ou bien avant une réunion de travail ou après pour la clôturer. Cela permet également de « faire Église » par ce premier acte ecclésial plus ajusté que les ADAP. Le récit de la Pentecôte nous montre l’Église en prière avec les apôtres en attente de l’Esprit et pour préparer la naissance de son être missionnaire. La prière de louange, si recommandée dans toute la Bible, est le premier acte de l’Église, sa première respiration, son premier lieu, son premier ministère.
C’est pourquoi ce travail qui fut initié d’abord pour la Communauté afin de pallier au déficit de la connaissance du latin, fut très chaleureusement accueilli par Rome au point d’avoir un décret qui signale cette édition comme « juxta typicam », c’est-à-dire absolument conforme aux livres liturgiques promulgués par Rome. C’est le premier ouvrage ainsi labellisé depuis le Concile il y a 40 ans !!
Qu’est-ce qui caractérise la réforme de ces Heures grégoriennes par rapport à l’Office anté-conciliaire ? Quel lien y a-t-il avec la réforme liturgique de 1969 ?
Les Heures grégoriennes sont donc une mise en chant de l’office du Concile ; ce qui n’a rien à voir avec l’office anté-conciliaire qui n’était d’ailleurs pas prévu pour être chanté. Mais peut-être que cet office du Concile ainsi mis en notes grégoriennes suivant tous les morceaux musicaux collectés par Solesmes (rien ne vient de nous mais tout provient des études de Solesmes, bien sûr) donnera envie à nos confrères de « saint Pie V » de se mettre à ce nouvel office. Du moins de temps en temps avec nous autres…
Comment réintroduire le grégorien dans les paroisses ? En quoi vos Heures grégoriennes peuvent-elles y contribuer ? Les cathédrales n’auraient-elles