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Les idoles de la modernité

Entretien

Source : La Nef N°225 d'Avril 2011
Mgr Michel Schooyans, professeur émérite de l’université catholique de Louvain, est l’auteur d’ouvrages importants qui ont marqué l’époque, notamment dans tous les sujets qui touchent à la Vie. Son dernier livre, Les idoles de la modernité, qui présente une bonne synthèse de sa pensée, est l’occasion de l’interroger.

La Nef – Vous avez intitulé l’un de vos livres La dérive totalitaire du libéralisme : qu’entendez-vous par là ?
Mgr Michel Schooyans – Alors que nous avons assisté à l’échec du système soviétique de gouvernement, nous sommes témoins de l’émergence d’une tendance totalitaire issue de l’idéologie libérale. Quand nous examinons les deux idéologies – la communiste d’une part, la libérale d’autre part – nous constatons qu’à première vue il y a une grande différence entre les deux. En réalité, les deux idéologies ont une caractéristique commune : elles exaltent la lutte, la survivance du plus apte. Dans le système communiste, la lutte des classes consacre la victoire du plus fort. Mais quand nous regardons ce qui se passe dans l’idéologie libérale, nous rencontrons la même dynamique, celle de la concurrence effrénée et de la survivance. Le marché subsiste mais d’importants instruments qui devraient le réguler sont enrayés. Il n’est plus une réalité humaine avec ses échanges et ses lois. C’est un champ de bataille où s’opposent les forces des plus faibles et celles des plus puissants. Ceux qui ont le droit de survivre, ce sont ceux qui ont la capacité de consommer et de produire.

Vous avez dénoncé la nouvelle conception des droits de l’homme prônée par l’ONU : de quoi s’agit-il ?
Nous sommes entrés dans une nouvelle révolution culturelle. L’ONU est en train de mettre en place une conception nouvelle du droit. Les vérités fondatrices de l’ONU concernant la centralité de l’homme dans le monde, exposées dans la Déclaration de 1948, sont peu à peu désactivées. Selon la nouvelle conception onusienne du droit, aucune vérité sur l’homme ne s’impose à tous les hommes. Les droits de l’homme ne sont plus reconnus comme des vérités devant lesquelles on s’incline ; ils sont l’objet de procédures, de décisions consensuelles. Nous négocions et, au terme d’une procédure pragmatique, nous décidons, par exemple, que le respect de la vie s’impose dans tels cas mais pas dans d’autres, que l’euthanasie doit être libéralisée, que les unions homosexuelles ont les mêmes droits que la famille monogame et hétérosexuelle, etc. Ainsi naissent de soi-disant « nouveaux droits de l’homme », toujours renégociables au gré des intérêts changeants de ceux qui peuvent faire prévaloir leur volonté.
Pour acclimater ces « nouveaux droits » et surtout la conception du droit qui leur est sous-jacente, deux axes d’action doivent être privilégiés. Il faut d’abord affaiblir les nations souveraines, car elles sont normalement en première ligne lorsqu’il s’agit de protéger les droits inaliénables de leurs citoyens. Ensuite, dans les assemblées internationales, il faut obtenir le plus large consensus possible. Une fois acquis, le consensus peut être invoqué pour faire adopter des conventions internationales, des pactes ou des protocoles, qui acquièrent force de loi dans les États qui les ont ratifiés. Ainsi se constitue peu à peu un droit international purement positiviste et pyramidal, inspiré de Kelsen. À ce droit, et à lui seul, il appartiendra de valider les droits nationaux particuliers.

Que répondre à ceux qui croient encore au mythe de la surpopulation, prétexte facile pour imposer contraception et avortement ?
Ce qu’on ignore trop souvent, c’est que la grande cause de l’augmentation de la population, c’est l’accroissement de l’espérance de vie. Partout dans le monde, les hommes et les femmes vivent aujourd’hui plus longtemps qu’il y a 50 ou 100 ans. Les hommes qui aujourd’hui vivent jusqu’à 
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