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Lettre ouverte aux conservateurs qui ont envie de rester dans l'opposition toute leur vie

Hude Henri

Source : La Nef N°243 DE DÉCEMBRE 2012
Mon intention est de montrer comment les conservateurs américains s’y prennent pour perdre. Ils sont « d’un gabarit exceptionnel ».
Ils se répartissent en deux groupes : les ultralibéraux et les protestants moralisateurs. Les premiers expliquent au peuple qu’il aura moins d’argent, et les seconds moins de sexe.
L’idéal supérieur et l’amitié noble mis à part, il y a dans l’homme trois grandes pulsions : le pouvoir, le sexe et l’argent. Pour ce qui est du pouvoir, en démocratie, le peuple en a fait son deuil depuis longtemps, pourvu que les dominants y mettent des formes. Mais pour le reste, il faut être humain. Alors, si on veut sauver la famille, il faut faire saigner la banque. Et si on veut peaufiner l’usurier, alors il faut tolérer la luxure. En un mot, on ne peut à la fois plumer le peuple et le puritaniser. Entre deux maux, il faut choisir. Les Républicains ne choisissent pas. Démos vote Obama.

Les conservateurs américains détestent l’État. Un dream : les familles, rebelles aux Pouvoirs, vivant dans la nature, under God, avec leurs fusils et leurs associations. Cela ne fait pas une société, c’est un souvenir pionnier et aujourd’hui c’est un mythe. En plus, ce refus de l’État exprime un refus métaphysique de l’autorité qui est aussi au fond du refus de la loi morale par les libertaires.

Il y a chez eux un déficit de philosophie économique harmonisant marché et solidarité. Tant que cela dure, le chômeur et le prolétaire ou l’immigré récent ont le sentiment de se faire moraliser par des riches indifférents à leurs problèmes.
Obama est social dans le discours et les sentiments. Une politique keynésienne en économie ouverte financière produit inflation, fuites de capitaux et moindre compétitivité, sans rien arranger. Obama garde les politiques de libre-échange idéologique, cœur du pouvoir de l’oligarchie financière, mais il a la couleur d’un pauvre, des réactions sympathiques, et faute de mieux, c’est toujours ça.


Les conservateurs américains croient voir une cohérence entre l’individualisme libéral et l’individualisme protestant. Ils ne voient pas que le libéralisme, détaché de la religion protestante, mène sa vie propre, devient libertaire et lamine la religion qui l’a enfanté. L’Amérique vit le divorce entre Dieu et la liberté. C’est la fin du compromis et de l’union qui ont fait sa force.
Les conservateurs américains ont l’impression de ne plus être chez eux et de devenir un pays du Tiers-Monde. Franchement, si les Américains n’avaient pas génocidé leurs Indiens, et avaient fait des enfants avec les natifs, comme les Espagnols, ils auraient la même couleur que les Mexicains. Et s’ils avaient mieux traité les Noirs, ces derniers ne voteraient pas pour un Noir à 92 %.
Les conservateurs sont hostiles à l’immigration mexicaine, par souci de sauvegarder l’identité des États-Unis. Mais qu’est-ce que l’immigration, sinon le libre-échange de la main-d’œuvre dans une logique ultralibérale ? Qu’est-ce que la nationalité, du même point de vue, sinon une entrave au commerce ? Les conservateurs catholiques sont plus réfléchis, car ils ont la même religion.
Pourquoi faire des enfants qui ne trouveront pas de travail, si le capital s’investit ailleurs ? Entre le capitalisme financier et l’autogénocide, il faut choisir. Le Tea Party défend le small business, mais pour être élu, il faut un milliard de dollars. Qui peut se payer un président ?


Les conservateurs aiment l’american leadership et le capitalisme mondialisé. Le capitalisme mondialisé dissout la substance matérielle et morale de leur Nation : ils restent hébétés.
Les conservateurs exaltent les classes moyennes, assises d’une démocratie, et acceptent un système ôtant l’emploi à des millions, au profit d’actionnaires et de hauts dirigeants. Ce régime, pour se maintenir, doit éviter la crise sociale. De là un endettement fou et une 
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