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Lettre ouverte aux conservateurs qui viennent de perdre encore une bataille

Lettre ouverte

HENRI HUDE

Source : La Nef N°246 DE MARS 2013
Les libéraux-libertaires (LL) gagneront toujours, aussi longtemps que n’aura pas été construit un autre rapport de forces politiques. Les LL sont des totalitaires, c’est-à-dire des idéologues et des libertaires du pouvoir. Mais ils ne règnent pas par la violence, ils règnent par la ruse. Éventons l’une de ces ruses – le système des partis.
Les LL ont deux fers au feu, et deux victimes désignées, qu’il faut rendre toutes deux consentantes, et qu’ils doivent diviser à tout prix, pour continuer à régner.

La première victime est le peuple, privé de travail par le libertarisme de l’argent. La seconde, ce sont les esprits conservateurs, et leurs familles, auxquels on impose la vie dans l’ambiance fétide d’une société régie par le libertarisme du sexe.
Les deux fers des LL sont évidemment les deux partis, qu’on appelle gauche et droite. Ils sont d’accord à peu près sur tout, ingénieux à trouver des désaccords de détail, et passionnément divisés sur le sacrifice de leurs ego.

Or donc, le PS dit au peuple : si tu votes UMP, tu seras trompé – ce qui est vrai. Vote pour nous, tu seras content. Et c’est vrai aussi : après l’élection, il est (trompé et) content. Cinq ans après, il est toujours trompé mais il n’est plus content.
C’est là qu’il est temps de faire donner la droite, de relâcher dans la nature un affreux Sarkozy Karcher, un liberticide Coppé, ou tout autre révulsif efficace. Le PS dit alors au peuple : vous êtes bien d’accord ? Pas moyen de voter pour ça ? Et ça marche. Mais parfois, ça ne marche pas.

Quand ça ne marche pas, l’UMP a dit aux conservateurs : si vous votez PS, vous serez trompés – ce qui est vrai. Votez pour nous, vous serez contents. Et c’est aussi vrai. Après l’élection, les conservateurs sont (trompés et) contents. Cinq ans après, ils sont toujours trompés (gender, etc.), mais ils ne sont pas contents.
C’est alors qu’il est temps de relancer la gauche. On lâche dans la nature une séduisante Aubry, aux projets vénéneux, un DSK lubrique, un Hollande normal, homme sans qualité. Vous êtes bien d’accord, pas moyen de voter pour ça, etc. Et parfois ça marche. Mais parfois, ça ne marche pas. Le PS dit alors au peuple, et ainsi de suite. Cela est admirable. Cela s’appelle (sans rire) démocratie.
Combien de temps ce système peut-il durer ? Car l’économie saigne abondamment pendant ces échanges absurdes.

Ceux que la langue classique appelle (quel moralisme !) des honnêtes gens, ou des braves gens (quel paternalisme !), ou (quel élitisme !) des gens simples, les politiciens les appellent des c… Et comme le peuple français est composé de millions d’honnêtes gens, de gens simples et de braves gens, les politiciens LL n’ont pas tort de prendre les Français pour des c… C’est un problème de langue : classique, ou postmoderne.

Comme disait Jean Guitton, la démocratie est la plus merveilleuse machine à faire obéir les hommes. Si on ajoute tout ce qu’on (n’)a (pas) appris à l’école, il y a encore des beaux jours pour la politique LL.
Les Français vont-ils réagir ? Bien sûr qu’ils vont réagir. Et la classe politique LL n’attend que ça.

L’alternance des clowns et des clones, ça ne suffit pas. Dans tout théâtre de Guignol, il faut des affreux. Dans la comédie LL, il n’y a pas de place pour de vrais conservateurs, ni pour de vrais populaires, mais il y a toujours une place pour le réactionnaire, et toujours une place pour le révolutionnaire. C’est grâce aux affreux, que Guignol UMP ou Guignol PS finit toujours vainqueur.
Les conservateurs qui ne votent pas comme il faut votent réactionnaire. Le peuple qui vote mal vote révolutionnaire. Et les extrêmes se haïssent. Ce sont des vases d’expansion qui empêchent l’alliance conservatrice-populaire et permettent l’alternance entre gauche LL et droite LL.

Les extrêmes font très rarement la majorité, et surtout, 
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