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Liberté et enjeu de civilisation

Portrait de Joseph Touvenel

Source :La Nef n°205 de juin 2009
La cinquantaine, syndicaliste et catholique social, c’est avant tout un travailleur. Joseph Thouvenel a commencé sa carrière comme horticulteur à l’âge de 16 ans et n’a depuis jamais cessé de travailler. « J’ai été grouillot à la Bourse, gardien de nuit, homme de ménage, avant d’être cadre sur les Marchés Financiers. Un jour, dans l’une de ces entreprises, j’ai été révolté par la manière dont l’un des chefs des services généraux avait été licencié. La brutalité de l’annonce avait provoqué sa mort quelque temps après. » Il lui paraît alors évident et nécessaire de s’engager dans une organisation syndicale pour défendre les droits du salarié : « Le problème n’est pas le licenciement en soi, l’employeur peut avoir toutes les raisons du monde de réduire ses effectifs. Ce qui est grave c’est la manière dont sont faites les choses. Réduire l’homme à une simple valeur marchande est dramatique. Le salarié n’est alors plus qu’un numéro, un outil dont on se débarrasse sans vergogne quand on n’en a plus besoin. »
À la CFTC il trouve « une organisation apolitique à dimension spirituelle ». Actuel secrétaire général adjoint du syndicat chrétien, il fait de la Doctrine sociale de l’Église sa référence : « pas un programme mais une boussole », précise-t-il. L’idéal étant d’offrir une autre voie que celle du matérialisme consumériste.
Fin avril, Brice Hortefeux annonçait une nouvelle proposition de loi sur le travail dominical avant l’été. Le cœur du débat porte sur l’ouverture des grandes surfaces le dimanche, les partisans de la déréglementation s’appuyant principalement sur l’idée de liberté et du fait accompli. Une idée que Joseph Thouvenel ne peut pas admettre : « Cette loi développe une mentalité de consommation, de matérialisme marchand, cette forme contemporaine du veau d’or ». Quant à la liberté du salarié, il n’est guère plus enthousiaste : « Aujourd’hui, les contrats de travail sont des contrats de subordination. C’est l’employeur qui décide des horaires et des jours de congés, comme des augmentations ou des primes. » Car le plus dramatique selon lui c’est que ce sont les plus pauvres qui seront forcés de travailler le dimanche. « Si le salarié avait le choix et l’argent, pensez-vous qu’il ne préférerait pas jouir de son repos dominical ? Une liberté basée sur un empilement d’égoïsme, ce n’est plus de la liberté, c’est la loi du plus fort », déplore le syndicaliste, avec énergie.
D’autre part il lui paraît indispensable que le jour de repos soit le même pour tous : « le dimanche est un temps collectif, ce n’est pas un jour comme les autres ».

En tant que catholique et père de deux enfants, il considère que cette loi est une attaque contre la vie familiale, associative, personnelle et religieuse. Mais il ne veut pas limiter le débat au jour du Seigneur, même si c’est un aspect primordial pour les catholiques : « La question du travail du dimanche est beaucoup plus large, il s’agit avant tout d’un choix de civilisation ». À la différence des autres syndicats, Joseph Thouvenel ne cherche pas à défendre des intérêts acquis mais plutôt à alerter sur les conséquences désastreuses que pourrait entraîner une telle réforme. « La civilisation est basée sur le bien commun, les règles ne sont pas là pour ennuyer les gens mais protéger le plus faible. L’enfant a besoin de ses parents, si je travaille, que fais-je de mes enfants ? », interroge-t-il. Sur un plan économique et social, la loi entraînerait, entre autres, la fin du commerce de proximité : « A la clé c’est la destruction de centaines de milliers d’emplois, sans compter le contact avec le petit commerçant qui n’est pas du tout le même qu’avec la caissière de grande surface ! »
Comme alternative, Joseph Thouvenel souhaite développer le travail associatif, même le dimanche : « Ce qu’il faut, c’est que le travail ait une utilité pour le lien social et non obligatoirement commerciale. 
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