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Liturgie : vue de Rome

Chronique Vie de l'Eglise

Source :La Nef n°188 de décembre 2007
Les dernières journées liturgiques du CIEL à Rome ont permis de constater la nette inflexion dans le discours et la pratique vaticane sur les questions liturgiques : la nomination d’un cérémoniaire papal aux positions très conservatrices, le retour du chant grégorien dans les cérémonies à Saint-Pierre de Rome, la nomination d’un nouveau maître de chapelle attaché au grégorien et à la polyphonie sacrée, les modifications positives dans les célébrations du pape lui-même lors de la messe pour les cardinaux défunts ou au consistoire (ornements, arrangement de l’autel), la volonté d’instituer une autorité en matière de musique sacrée (ce que réclame avec ardeur Mgr Miserachs, le président de l’institut pontifical de musique sacrée venu clore les travaux du CIEL), la célébration dans les basiliques romaines en octobre de messes solennelles avec des orchestres jouant les chefs-d’œuvre de la musique sacrée chrétienne. À côté de ces remises en ordre pratiques, les mises au point intellectuelles commencent à se multiplier. Avec le changement de directeur à l’Osservatore Romano, le ton des articles change lui aussi. C’est ainsi que les travaux du CIEL ont été honorés de pages dans les éditions italiennes, françaises et allemandes. Ce sont également les articles récents réhabilitant le théologien Romano Amerio ou évoquant Don Nicola Bux, qui est intervenu dans un colloque du CIEL à Oxford l’an dernier.

Enfin on ne saurait oublier les nombreuses interventions du secrétaire de la Congrégation pour le Culte divin, Mgr Malcolm Ranjith, aussi bien dans l’Osservatore Romano, qu’à l’agence Fides ou sur le site d’information Petrus. Ses mots très durs sur la désobéissance des évêques qui s’opposent ou limitent l’application du Motu proprio ont fait grand bruit : ils reflètent la pensée actuellement dominante à Rome devant les abus liturgiques persistants, malgré les directives pontificales répétées, abus en grande partie cause de l’émergence du courant traditionaliste. Ainsi, Mgr Randjith déclarait le 6 novembre à Petrus : « Franchement, je ne comprends pas ces formes d’éloignement et, pourrait-on dire, de rébellion contre le pape. J’invite tout le monde, surtout les Pasteurs, à obéir au pape, qui est le successeur de Pierre. Les Évêques, en particulier, ont juré fidélité au Pontife : qu’ils soient cohérents et fidèles à leur engagement ». La volonté clairement exprimée du pape à ses collaborateurs est sans ambiguïté : la célébration de la forme extraordinaire du rite romain doit être répandue et doit être connue du clergé et des séminaristes parce qu’elle fait partie du patrimoine de l’Église et qu’elle doit inspirer la célébration de la forme ordinaire. « Cette décision n’est pas, comme le disent certains, un retour au passé, mais le besoin de rééquilibrer de manière intègre les aspects éternels, transcendants et célestes avec les aspects terrestres et communautaires de la liturgie », a ajouté Mgr Ranjith à l’agence Fides le 17 novembre.
C’est dans cet esprit que plusieurs séminaires américains ont décidé de réintroduire l’enseignement de la forme extraordinaire dans leur crusus de formation, et c’est également une décision en cours au niveau de l’épiscopat néerlandais. Il n’appartient pas à de simples laïcs d’opposer les uns aux autres mais lorsque nous constatons la contradiction manifeste, répétée, entre les textes du pape, des congrégations romaines, et des célébrations ou des directives qui sont régulièrement imposées aux fidèles, on ne peut que choisir la fidélité au siège de Pierre, en priant pour que chacun comprenne enfin le sens de ces appels insistants de Rome à un respect inconditionnel des règles liturgiques qui sont comme un écrin précieux à la présence du Christ parmi nous. C’est cette continuité essentielle entre la foi de l’Église et la pratique liturgique que le pape nous invite à redécouvrir. 
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